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 ENTRETIEN AVEC...  ALBINA BELABIOD / RADIO CLASSIQUE | 06/04/2016

Jeune et jolie trentenaire, Albina Belabiod anime les après-midis musicaux de Radio Classique. Rentrée comme stagiaire après des études littéraires et musicales, elle est aujourd'hui la voix féminine la plus présente sur l'antenne de la station. Entretien avec une femme pétillante, plus passionnée de musique vivante que de radio, d'où un certain recul sur son métier…

Non loin de la gare Saint-Lazare (Paris), les locaux de Radio Classique se cachent dans un immeuble cossu face un petit square. Albina me reçoit dans une petite salle au bout du couloir alors que Patrick Poivre d'Arvor passe dans le couloir croisant Alaiin Duault qui va prendre l'antenne et Olivier Bellamy qui prépare son émission...

 

A la fin de son master, Albina Belabiod cherche un stage pour valider son diplôme et à se réorienter. Pendant un an, elle officie comme attachée d'émission auprès d'Olivier Bellamy sur "Passion Classique". "Cela a été une année formidable car j'ai pu réaliser que je voulais véritablement : travailler dans la musique, tous les jours, au contact des musiciens, pas forcément dans la radio d'ailleurs."

A l'issue de son stage, Radio Classique l'embauche comme attachée d'émission sur la matinale de Guillaume Durand, "une expérience très intense mais aussi très formatrice". A la rentrée 2010, le directeur d'antenne lui propose d'animer la prématinale (5h00-7h00) avec Louis Palagiano. La prématinale n'était pas en direct, elle était enregistrée dans la journée. "C'était assez confortable mais aussi frustrant de ne pas être en direct".

Peuleux : Un duo en prématinale c'est assez inédit !

Albina Belabiod : L'idée du duo a été assez logique dans l'esprit du directeur d'antenne car nous étions très complices avec Louis. Nous étions les deux petits jeunes de la radio qui déconnaient tout le temps. Il a du nous voir plaisanter dans un couloir et il voulait rajeunir un peu la grille.

En parallèle, Christian Morin trouvant trop lourd d'assurer ses émissions en direct la semaine et d'enregistrer celles du week-end, la direction propose à Albina de le remplacer le week-end. Et, petit à petit, de remplacements en grignotages de tranche, elle se voit proposer une émission en après-midi pour prendre la suite d'une animatrice qui partait sur France Musique. C'était à la rentrée 2011.

Peuleux : Vous êtes désormais à l'antenne 7 jours sur 7, les deux émissions du week-end étant enregistrées. N'avez-vous pas peur de lasser les auditeurs ?

Albina Belabiod : Franchement oui ! L'été encore plus car j'anime des tranches de 5 heures tous les jours. Je ne suis pas sûre que cette présence tous les jours soit une bonne idée, j'aimerais bien qu'un autre animateur prenne le relais le week-end pour diversifier la grille.

 

Je joue des artistes que l'on peut aller voir en concert

 

Pour l'animation de cette tranche, Albina se base sur sa propre approche de la musique : la musique vivante. "Contrairement à mes autres collègues, je joue plutôt des interprètes actuels, des jeunes, des musiciens que l'on peut aller voir en concert. En sortant des grandes références comme la Callas ou Von Karajan, j'essaye de rendre cette musique classique plus vivante".

Pour Albina, Radio Classique peut être une porte d'entrée permettant la découverte de différents styles, différentes époques, différents instruments mais la finalité, pour elle, est d'emmener les gens vers la musique vivante, dans les salles de concert.

Peuleux : Sur les radios musicales contemporaines, les animateurs peuvent délirer un peu dans leur animation. Est-ce possible, et même envisageable, sur Radio Classique ?

Albina Belabiod : Non parce que nous avons beaucoup d'auditeurs qui se revendiquent comme spécialisés, ce que je veux bien croire. Du coup, dès que nous faisons un pas de côté ou que nous sommes imprécis, des tonnes de mails nous arrivent nous reprochant notre manque de sérieux pour cet art qui est leur passion. Il peut m'arriver de laisser échapper un fou-rire ou de glisser des anecdotes un peu plus personnelles mais à l'antenne je suis en retenue. Je suis beaucoup plus drôle dans la vie de tous les jours !

 

J'ai une passion pour la musique, pas pour la radio

 

Lorsque je lui demande si d'autres radios l'ont contacté, Albina répond non et leur dirait non. D'une part, Radio Classique développe un format assez spécifique avec une seule concurrente en nationale, France Musique " qui a déjà un cheptel d'animateurs bien fourni", et d'autre part, Albina n'est pas une passionnée de radio : "j'ai une passion pour la musique !"… "Si je n'étais pas à la radio, je serais à travailler pour un orchestre, un festival, une salle de concert ou une maison de disque… une structure liée à la musique classique dans tous les cas".

Peuleux : Vous êtes jolie, vous êtes jeune, êtes-vous la preuve que la musique classique peut être sexy et attirer un public jeune ? Ce qui irait à l'encontre du cliché "radio de musique classique = radio de vieux" !

Albina Belabiod : Ce n'est pas totalement faux, Radio Classique a un public "âgé". Je pense que ma présence à l'antenne au début avait pour but de rajeunir l'audience. Mais ce qui rajeunit plus l'audience, ce sont nos actions sur les réseaux sociaux où nous pouvons nous mettre en scène, être un peu plus décalés. Personnellement, je ne suis pas à l'aise avec mon image donc je ne joue pas de mon jeune âge. Mais j'espère que le fait d'être la plus jeune de l'antenne puisse effectivement renvoyer cette idée que la musique classique n'est que pour "les vieux". J'ai aussi l'impression que les gens qui nous écoutent sont déjà des connaisseurs…

Peuleux : Si vous pouviez choisir votre concept d'émission, lequel serait-il ?

Albina Belabiod : J'aimerais bien avoir des invités à l'antenne. J'ai des invités pour une chronique sur le site web ou lors de journées spéciales mais j'aimerais recevoir ces jeunes musiciens dont je parle. Peut-être sur une tranche plus courte.

 



LE 8 A LA SUITE D'HISTOIRE(S) RADIOPHONIQUE(S)

 

Les voix ou les émissions de radio qui ont marqué votre enfance ?

"Les papous dans la tête" sur France Culture avec leurs exercices d'intellectuels que j'avais en bruit de fond parce que mes parents écoutaient chaque semaine. Je suis de la génération Fun Radio et Skyrock avec Max et la voix grave de Maurice. J'écoutais aussi "Le Monde de Monsieur Fred" sur Oüi FM avec Daniel Morin, c'était un peu barré et très marrant.

 

La plus belle rencontre radiophonique ?

Il y en a eu plein ! A Radio Classique, je croise plein de gens connus ce qui est plutôt rigolo mais je vais dire Michel Portal, un clarinettiste que j'avais interviewé près de chez lui pendant des heures. Il était adorable, intelligent, humble, intéressant.

Plus personnellement, je dirais Albina du Boisrouvray, une productrice qui a inspiré mon prénom à mes parents. J'ai eu l'occasion de l'accueillir à Radio Classique lorsque j'étais l'assistante d'Olivier Bellamy.

 

La pire rencontre radiophonique ?

Mireille Delunsch, une soprano qui avait été très désagréable alors que j'étais assistante. Très hautaine. J'ai fait une interview d'elle quelques années après par téléphone, elle a été à nouveau odieuse.

Sinon, plus connus, avec les invités politiques qui viennent dans la matinale, j'ai Jean-Marie Le Pen qui m'a fait de l'œil… et Hubert Védrine, un horrible souvenir. Attaché d'émission, je l'accueille et il me tend sa note de taxi. Je lui dis que je vais la transmettre mais il réclame son remboursement immédiatement. Sauf que nous étions un jour férié, il n'y avait donc personne à la radio. J'ai du aller retirer 20 euros avec ma propre Carte Bleue. Et lorsque je lui donne l'argent, il me répond "Et pour le retour, je paye comment ?". Je suis repartie chercher 20 euros pour cet homme qui a les moyens ! Ca m'a rendu folle !

 

Le plus beau souvenir en radio ?

L'année dernière nous avons fait une délocalisation au Château de Versailles. En arrivant le matin, nous avons pu aller dans le parc et dans le château. Nous avions une salle rien que pour nous où le public venait nous voir. C'était magique !

 

Le pire souvenir en radio ?

Pendant les délocalisations, nous rencontrons notre public. Souvent nous avons des personnes très âgées qui viennent nous voir et qui n'ont plus que la radio pour leur tenir compagnie. Une fois, j'ai un monsieur qui m'a tenu la jambe 30 minutes en me racontant qu'après la mort de son fils, c'est Radio Classique et mon émission qui l'avaient empêché de se suicider ! C'était horrible… et triste pour lui !

Plus drôle, j'ai eu un fou-rire après avoir désannoncé une chanteuse qui s'appelle Evelyne Teube. Je n'avais pas anticipé son nom avant de le dire à l'antenne et en le disant je suis partie en fou-rire.

 

Quand vous n'êtes pas à la radio, écoutez- vous la radio ?

Pas du tout. Enfin, un peu France Musique pour des émissions très particulières pour une thématique ponctuelle. Mais je ne suis pas très radio en fait !

 

Quand vous sortez de la radio, que faites-vous ?

Là, je vais à la piscine avec une collègue de Radio Classique. Sinon je vais prendre l'apéritif avec Olivier Bellamy et je vais dans les concerts.

 

Et dans 5 ans ?

Je ne ferais plus de radio. Je serais avec un orchestre, dans un festival, une salle de concert ou une maison de disque. Je serais plus au contact des musiciens. Cela me paraît une suite logique. Cela fait 8 ans que je suis ici, il faudrait que je change d'air. Attention, je suis très heureuse ici et j'ai énormément de chance de faire ce métier mais j'ai une envie logique de me rapprocher de la musique vivante.

 

Remerciements : Un grand merci à Albina pour son accueil, sa gentillesse et son franc-parler. Merci à Chloé Salmona du service de presse pour la mise en relation | Crédits photos : Peuleux, Radio Classique 

 

 

Pour aller plus loin...

Radio Classique
       

dernière mise à jour de cette fiche le 24/04/2016


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