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 ENTRETIEN AVEC... FÉDÉRIC CARBONNE / FRANCEINFO | 11/04/2026

Journaliste à Radio France depuis 35 ans, Frédéric Carbonne accompagne les auditeurs de Franceinfo depuis 2017. De sa voix grave et chaleureuse, il accompagne désormais les amateurs d'information continue le week-end de 14h00 à 17h00. Rencontre avec un homme au parcours journalistique singulier…

 

Lorsque j'ai sollicité Frédéric Carbonne pour cette interview non seulement il a immédiatement accepté mais il m'a aussi proposé une immersion dans le 14-17 du week-end. Rendez-vous était donné le samedi 11 avril dès 10h30 à la Maison de la Radio. Entre la conférence de rédaction et la pause repas, nous avons pu échanger sur son parcours et son travail.

 

Avant l'école de journalisme, Frédéric Carbonne n'avait jamais fait de radio. Il écoutait la radio mais surtout il lisait la presse écrite. C'est durant sa formation, pendant une session sur l'audiovisuel qu'il découvert ce média

Frédéric Carbonne : Je ne sais pas si je peux parler de révélation mais les professionnels présents m'ont encouragé dans cette voie.A l'époque j'avais un fort accent de Tarascon sur Ariège mais j'avais des qualités de synthèse et j'étais plus à l'aise à l'oral qu' l'écrit. Alors j'ai fait la spécialisation audiovisuelle avec l'idée de faire de la radio.

Pendant sa formation, l'apprenti journaliste effectue des stages dans les rédactions de RFI et France Culture. Puis, comme tous les jeunes hommes de sa génération, il est appelé sous les drapeaux. Mais au lieu de faire un service militaire, il opte pour la coopération à l'étranger (1) et travaille alors  dans des radios communautaires francophones dans l'Est du Canada.

En décembre 1990, 2 jours après son retour en France, le patron de France Culture lui propose de remplacer un journaliste en arrêt maladie durant plusieurs mois. Il prend alors en charge la présentation des journaux du matin de France Culture et France Musique (2). Et en 1993, il rejoint la rédaction de France Inter comme reporteur.

Frédéric Carbonne : J'ai une sorte de fierté d'avoir travaillé dans ces trois chaines.

 

JE SUIS UN BÉBÉ RADIO FRANCE, DÉSORMAIS JE SUIS UN GRAND-PÈRE RADIO FRANCE !

 

Peuleux : Du point de vue de l'information, quelles sont les différences entre les différentes antennes publiques ?

Frédéric Carbonne : Il y a un esprit commun, le service public, mais le rapport à l'information est différent. Info est véritablement dans l'info, c'est notre ADN, nous sommes dans le dur du sujet. À Inter, la matière est un peu plus triée, nous sommes quelque part plus dans l'offre, la proposition. À Culture, nous pouvons prendre un peu plus de la hauteur. Je précise que si nous donnons le sentiment d'être le nez dans le guidon sur Franceinfo, nous savons, nous devons aussi savoir prendre ce recul, cette hauteur sur l'information.

 

Après avoir passé plusieurs années à l'antenne, Frédéric Carbonne  bascule sur des fonctions dirigeantes. "C'était un hasard !" m'explique le journaliste qui n'avait pas anticipé cette partie de sa carrière "je n'avais pas ambitionné d'être chef mais j'ai aimé ce que j'ai fait".

Peuleux : Pourquoi parles-tu de hasard ?

Frédéric Carbonne : Après 6 ans de reportages sur Inter et après 7 saisons au journal de 18h00 de France Culture, mon envie était de partir comme correspondant à Berlin. Je n'ai pas le poste et le directeur de Culture David Kesler qui avait soutenu ma candidature me propose alors d'être rédacteur en chef. J'hésite mais il me voit bien dans ce rôle, en plus c'est l'année des présidentielles en France, j'y vais.

Mais au bout d'une saison, la nouvelle direction de Franceinfo sollicite Frédéric Carbonne. Il sera successivement rédacteur en chef du matin, chef des informations et directeur de la rédaction.

 

En 2013, il obtient enfin un poste de correspondant à l'étranger ; il succède à Fabienne Sintès à Washington. Il part alors avec femme et enfants pour une aventure de 4 ans. Pendant cette période, il couvre "un événement auquel peu de journalistes étrangers comprenaient quelque chose" : l'élection de Donald Trump. Mais il fera aussi de nombreux reportages sur le phénomène social Black live matter.

 

Pourquoi les correspondants à l'étranger restent en poste 4 ans ?

Les journalistes signent en réalité un contrat de 2 ans renouvelable pour 2 ans. Cela permet de faire un vrai point d'étape à mi-parcours. Le journaliste qui part est dans une situation d'expatriation qui peut s'avérer compliquée pour sa vie de famille, cela lui donne une possibilité de revenir en France en douceur si besoin. Et côté radio, cela permet d'arrêter un contrat si le journaliste ne répond pas aux attentes. Dans 99% des cas, le journaliste en place va jusqu'au bout des 4 ans. Il pourrait y avoir un avenant pour une cinquième année afin de couvrir une actualité particulière. Ainsi, Franck Mathevon, correspondant à Londres, a fait valoir qu'il est le plus à même de couvrir le référendum sur le Brexit car il connaissait le sujet, il avait déjà les contacts sur place…

Frédéric Carbonne : 4 ans, ce n'est ni trop peu, ni trop long. Il faut une bonne année pour être totalement à l'aise sur place et au-delà de 4 ans, c'est plus compliqué de rentrer en France.

 

Alors que le retour à Paris se profile à l'horizon, Frédéric Carbonne entame le dialogue habituel avec la direction : " J'avais des envies mais pas d'exigences particulières. Je ne voulais pas retomber dans la chefferie, je voulais plutôt faire de l'antenne et plutôt dans un exercice que je n'ai pas encore fait". On lui propose alors la tranche du soir de 22h00 à minuit (qui deviendra 21h00-minuit plus tard), "un exercice intéressant avec un peu plus de liberté qu'en journée".

Après 2 saisons, Jean-Philippe Baille qui arrive à la tête de la rédaction lui propose le 12-14.

Frédéric Carbonne :Ayant une appétence culturelle, je lui propose de faire une quotidienne culture en tissant un lien avec l'actualité. Le projet "baptisé "Tout public" a pris place la saison dernière sous la forme d'un module de 30 minutes dans le cadre du 12-14 .J'ai adoré  avec le service culture à fond !J'avais conscience que le concept était un peu atypique sur un programme comme Franceinfo et il n'a effectivement pas survécu aux modifications stratégiques de la nouvelle direction.

Et puis à la rentrée 2025, Frédéric Carbonne passe sur la grille du week-end avec la tranche 14h00-17h00, un transfert qui correspond à un choix de vie personnel et qui me permet de garder des séquences cultures.

 

MON AMBITION EST D'ETRE AUDIBLE PAR LES AUDITEURS

 

Peuleux : Comment se déroule ta journée de travail type ?

Frédéric Carbonne : J'arrive vers 9h00, je regarde ce qui se passe dans l'actualité. 10h30, c'est  conférence de rédaction avec le rédacteur en chef, l'assistant de production et le chef des informations. De 11h00 à environ 12h00, je travaille par rapport au conducteur, par rapport aux invités retenus. Avec Luc Michel, rédacteur en chef de la tranche, on affine le conducteur autant que de besoin.

 

Peuleux : En tant que fil rouge de cette tranche d'information, quel est ton fil conducteur à toi ?

Frédéric Carbonne : Mon ambition, ma boussole est que 100% de ce qu' l'on dit soit audible par l'auditeur. Nous devons faire en sorte de ne pas compliquer l'écoute pour l'auditeur qui n'est pas forcément pleinement attentif à ce qui sort de sa radio parce qu'il peut être en train de faire autre chose en même temps.

 

Peuleux : L'exercice d'une telle tranche d'information demande une bonne dose d'adaptation et d'improvisation !

Frédéric Carbonne : J'écris la majorité de mes interventions notamment les lancements de toutes les séquences avec invité et le canevas des questions à poser mais oui, cet exercice demande de savoir improviser. Je dirais que cela demande plus de l'attention et de la curiosité. En studio, je suis dans une attitude de reporteur. Je veux tirer de mon invité le meilleur de ce qu'il peut offrir pour rendre le sujet le plus clair possible pour l'auditeur.

 

(1) A l'époque où le service national était obligatoire pour les hommes, les appelés pouvaient déroger au service militaire en optant pour un service dans la coopération à l'étranger avec une durée supérieure.

(2) C'est la rédaction de France Culture qui assure les rendez-vous d'information de France Musique.

 

Retrouvez Frédéric Carbonne sur Franceinfo dans "le 14-17 du week-end" le samedi et le dimanche de 14h00 à 17h00.

 



LE 9 A LA SUITE D'HISTOIRE(S) RADIOPHONIQUE(S)

Si je devais interviewer une autre personnalité radiophonique, vers qui m'orienterais-tu ?

Pour comprendre comment nous travaillons ici, je t'enverrai vers un programmateur d'invités (aussi appelés assistants de production).

Que fait une attachée de production ?

Lisez mon entretien avec D'Johé Kouadio :

 

Les voix ou les émissions de radio qui ont marqué ton enfance ?

Stéphane Paoli sur Europe 1 à la mi-journée. Il avait une capacité à questionner en permanence. Patrice Bertin sur le 19h00 de France Inter. 

 

La plus belle rencontre radiophonique ?

Ma femme ! C'est une rencontre faite par hasard mais je reste persuadé que la radio y est pour quelque chose. 

 

La pire rencontre radiophonique ?

Je ne vois pas.

 

Le plus beau souvenir en radio ?

Je vais plutôt te raconter le plus fort. Pendant le confinement du Covid-19, nous ouvrions nos lignes aux auditeurs. Je faisais alors le 5h00-10h00 une semaine sur 2. Nous faisions pratiquement 3 heures de lignes ouvertes sur cette tranche, des lignes ouvertes à la Franceinfo c'est-à-dire avec des thématiques. Une fois, à Pâques, nous demandons aux auditeurs comment ils vivaient ce week-end habituellement synonyme de fête de famille pour beaucoup de Français. La question dérive logiquement sur l'impossibilité d'aller voir les ainés dans les Ehpad. Une auditrice nous a raconté qu'elle appelé sa mère 10 fois par jour pour garder le lien. Une séquence pleine d'humanité. 

 

Le pire souvenir en radio ?

C'est gaguesque. J'ai interviewé quelqu'un pendant 8 minutes qui n'était pas la personne que je pensais. Je ne l'ai su qu'après. Je pensais parler à un expert des questions européennes qui évoluait dans un think-tank. Le gars que j'interrogeais n'était pas à l'aise, il avait du mal à s'exprimer, gêné alors qu'il avait l'habitude de l'exercice. En fait, l'invité avait demandé, pour une raison que j'ignore, à un loufiat de prendre sa place et le gars n'avait pas osé dire qu'il n'était pas l'invité attendu.  

 

Quand tu n'es pas à la radio, écoutes-tu la radio ?

Oui, j'écoute Franceinfo et des podcasts. Je suis un dingue des podcasts de Philippe Collin sur l'histoire. 

 

Quand tu sors de la radio, que fais-tu ?

Et toi tu fais quoi ? (rires) Je rentre à la maison !  

 

Et dans 5 ans ?

La réponse est facile : normalement ce sera l'heure de la retraite. C'est la date à laquelle je peux y prétendre en tout cas mais cela ne veut pas dire que j'aurai envie d'y prétendre. Je me vois finir à Franceinfo avec une seule envie (qui est aussi la chance que j'ai toujours eu dans cette maison) : ne jamais m'ennuyer. Il y a une chose que je n'ai jamais faite dans cette maison, c'est le sport. Alors pourquoi ne pas couvrir les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Je serai le plus heureux des hommes.

  

Remerciements : Un grand merci à Frédéric Carbonne de m'avoir accueilli à Franceinfo, de m'avoir permis de vivre cette immersion dans sa tranche d'information, d'avoir pris le temps de me répondre et de m'avoir présenté toute l'équipe qui œuvre autour de lui. Merci à ma Maman pour la relecture | Photos : Peuleux, Radio France

 

Pour aller plus loin...

Dans les coulisses du... 14-17 week-end
de Franceinfo

Entretien avec...
D'Johé Kouadio
   

Franceinfo

France Inter

France Culture
   

dernière mise à jour de cette fiche le 27/04/2026


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