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Journaliste à Radio France depuis 35 ans, Frédéric
Carbonne accompagne les auditeurs de Franceinfo depuis 2017. De
sa voix grave et chaleureuse, il accompagne désormais les
amateurs d'information continue le week-end de 14h00 à 17h00.
Rencontre avec un homme au parcours journalistique singulier…
Lorsque j'ai sollicité Frédéric
Carbonne pour cette interview non seulement il a immédiatement
accepté mais il m'a aussi proposé une immersion dans le 14-17 du
week-end. Rendez-vous était donné le samedi 11 avril dès 10h30 à
la Maison de la Radio. Entre la conférence de rédaction et la
pause repas, nous avons pu échanger sur son parcours et son
travail.
Avant l'école de journalisme, Frédéric
Carbonne n'avait jamais fait de radio. Il écoutait la radio mais
surtout il lisait la presse écrite. C'est durant sa formation,
pendant une session sur l'audiovisuel qu'il découvert ce média
Frédéric Carbonne : Je ne sais pas si
je peux parler de révélation mais les professionnels présents
m'ont encouragé dans cette voie.A l'époque j'avais un fort
accent de Tarascon sur Ariège mais j'avais des qualités de
synthèse et j'étais plus à l'aise à l'oral qu' l'écrit. Alors
j'ai fait la spécialisation audiovisuelle avec l'idée de faire
de la radio.
Pendant sa
formation, l'apprenti journaliste effectue des stages dans les
rédactions de RFI et France Culture. Puis, comme tous les jeunes
hommes de sa génération, il est appelé sous les drapeaux. Mais
au lieu de faire un service militaire, il opte pour la
coopération à l'étranger (1) et travaille alors
dans
des radios communautaires francophones dans l'Est du Canada.
En décembre 1990, 2 jours après son
retour en France, le patron de France Culture lui propose de
remplacer un journaliste en arrêt maladie durant plusieurs mois.
Il prend alors en charge la présentation des journaux du matin
de France Culture et France Musique (2). Et en 1993, il rejoint
la rédaction de France Inter comme reporteur.
Frédéric Carbonne : J'ai une sorte de
fierté d'avoir travaillé dans ces trois chaines.
JE SUIS UN BÉBÉ RADIO FRANCE, DÉSORMAIS JE SUIS UN
GRAND-PÈRE RADIO FRANCE !
Peuleux : Du point de vue de
l'information, quelles sont les différences entre les
différentes antennes publiques ?
Frédéric Carbonne : Il y a un esprit
commun, le service public, mais le rapport à l'information est
différent. Info est véritablement dans l'info, c'est notre ADN,
nous sommes dans le dur du sujet. À Inter, la matière est un peu
plus triée, nous sommes quelque part plus dans l'offre, la
proposition. À Culture, nous pouvons prendre un peu plus de la
hauteur. Je précise que si nous donnons le sentiment d'être le
nez dans le guidon sur Franceinfo, nous savons, nous devons
aussi savoir prendre ce recul, cette hauteur sur l'information.
Après
avoir passé plusieurs années à l'antenne, Frédéric Carbonne
bascule sur des fonctions
dirigeantes. "C'était un hasard !" m'explique le journaliste qui
n'avait pas anticipé cette partie de sa carrière "je n'avais pas
ambitionné d'être chef mais j'ai aimé ce que j'ai fait".
Peuleux : Pourquoi parles-tu de hasard
?
Frédéric Carbonne : Après 6 ans de
reportages sur Inter et après 7 saisons au journal de 18h00 de
France Culture, mon envie était de partir comme correspondant à
Berlin. Je n'ai pas le poste et le directeur de Culture David
Kesler qui avait soutenu ma candidature me propose alors d'être
rédacteur en chef. J'hésite mais il me voit bien dans ce rôle,
en plus c'est l'année des présidentielles en France, j'y vais.
Mais au bout d'une saison, la nouvelle
direction de Franceinfo sollicite Frédéric Carbonne. Il sera
successivement rédacteur en chef du matin, chef des informations
et directeur de la rédaction.
En 2013, il obtient enfin un poste de
correspondant à l'étranger ; il succède à Fabienne Sintès à
Washington. Il part alors avec femme et enfants pour une
aventure de 4 ans. Pendant cette période, il couvre "un
événement auquel peu de journalistes étrangers comprenaient
quelque chose" : l'élection de Donald Trump. Mais il fera aussi
de nombreux reportages sur le phénomène social Black live
matter.
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Pourquoi les correspondants à l'étranger restent en
poste 4 ans ?
Les journalistes signent en
réalité un contrat de 2 ans renouvelable pour 2 ans.
Cela permet de faire un vrai point d'étape à
mi-parcours. Le journaliste qui part est dans une
situation d'expatriation qui peut s'avérer compliquée
pour sa vie de famille, cela lui donne une possibilité
de revenir en France en douceur si besoin. Et côté
radio, cela permet d'arrêter un contrat si le
journaliste ne répond pas aux attentes. Dans 99% des
cas, le journaliste en place va jusqu'au bout des 4 ans.
Il pourrait y avoir un avenant pour une cinquième année
afin de couvrir une actualité particulière. Ainsi,
Franck Mathevon, correspondant à Londres, a fait valoir
qu'il est le plus à même de couvrir le référendum sur le
Brexit car il connaissait le sujet, il avait déjà les
contacts sur place…
Frédéric Carbonne :
4 ans, ce n'est ni trop peu, ni trop long. Il faut une
bonne année pour être totalement à l'aise sur place et
au-delà de 4 ans, c'est plus compliqué de rentrer en
France.
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Alors
que le retour à Paris se profile à l'horizon, Frédéric Carbonne
entame le dialogue habituel avec la direction : " J'avais des
envies mais pas d'exigences particulières. Je ne voulais pas
retomber dans la chefferie, je voulais plutôt faire de l'antenne
et plutôt dans un exercice que je n'ai pas encore fait". On lui
propose alors la tranche du soir de 22h00 à minuit (qui
deviendra 21h00-minuit plus tard), "un exercice intéressant avec
un peu plus de liberté qu'en journée".
Après 2 saisons, Jean-Philippe Baille
qui arrive à la tête de la rédaction lui propose le 12-14.
Frédéric
Carbonne :Ayant une appétence culturelle, je lui propose de
faire une quotidienne culture en tissant un lien avec
l'actualité. Le projet "baptisé "Tout public" a pris place la
saison dernière sous la forme d'un module de 30 minutes dans le
cadre du 12-14 .J'ai adoré
avec le service culture à
fond !J'avais conscience que le concept était un peu atypique
sur un programme comme Franceinfo et il n'a effectivement pas
survécu aux modifications stratégiques de la nouvelle direction.
Et puis à la rentrée 2025, Frédéric
Carbonne passe sur la grille du week-end avec la tranche
14h00-17h00, un transfert qui correspond à un choix de vie
personnel et qui me permet de garder des séquences cultures.
MON AMBITION
EST D'ETRE AUDIBLE PAR LES AUDITEURS
Peuleux : Comment se déroule ta journée
de travail type ?
Frédéric
Carbonne : J'arrive vers 9h00, je regarde ce qui se passe dans
l'actualité. 10h30, c'est
conférence
de rédaction avec le rédacteur en chef, l'assistant de
production et le chef des informations. De 11h00 à environ
12h00, je travaille par rapport au conducteur, par rapport aux
invités retenus. Avec Luc Michel, rédacteur en chef de la
tranche, on affine le conducteur autant que de besoin.
Peuleux : En tant que fil rouge de
cette tranche d'information, quel est ton fil conducteur à toi ?
Frédéric Carbonne : Mon ambition, ma
boussole est que 100% de ce qu' l'on dit soit audible par
l'auditeur. Nous devons faire en sorte de ne pas compliquer
l'écoute pour l'auditeur qui n'est pas forcément pleinement
attentif à ce qui sort de sa radio parce qu'il peut être en
train de faire autre chose en même temps.
Peuleux : L'exercice d'une telle
tranche d'information demande une bonne dose d'adaptation et
d'improvisation !
Frédéric Carbonne : J'écris la majorité
de mes interventions notamment les lancements de toutes les
séquences avec invité et le canevas des questions à poser mais
oui, cet exercice demande de savoir improviser. Je dirais que
cela demande plus de l'attention et de la curiosité. En studio,
je suis dans une attitude de reporteur. Je veux tirer de mon
invité le meilleur de ce qu'il peut offrir pour rendre le sujet
le plus clair possible pour l'auditeur.
(1) A l'époque où le service national
était obligatoire pour les hommes, les appelés pouvaient déroger
au service militaire en optant pour un service dans la
coopération à l'étranger avec une durée supérieure.
(2) C'est la rédaction de France
Culture qui assure les rendez-vous d'information de France
Musique.
Retrouvez Frédéric Carbonne sur
Franceinfo dans "le 14-17 du week-end" le samedi et le dimanche
de 14h00 à 17h00.
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