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Avez-vous remarqué que Franceinfo accueillait un invité
à l'antenne à chaque demi-heure durant ses tranches
d'information ? C'est là qu'interviennent les attachés de
production. Rencontre avec l'une d'entre eux, D'Johé Kouadio qui
œuvre le matin le week-end…
Alors
que j'étais en immersion aux côtés de Frédéric Carbonne sur la
tranche d'information 14h00-17h00 du week-end, j'ai découvert
l'existence des attachés de production (*) chargés de trouver
celles et ceux qui viendront évoquer l'actualité du moment au
micro des présentateurs de tranche. Et pour mieux vous en
parler, j'ai sollicité D'Johé Kouadio qui travaille de 6h00 à
14h00 chaque week-end.
Peuleux
: Quel est le rôle de l'attaché de production ?
D'Johé
Kouadio : Il différent selon la radio où nous exerçons. À
Franceinfo, la mécanique est particulière puisque nous
participons à la construction éditoriale de la tranche avec la
programmation des invités à l'antenne. L'animateur fil rouge à
l'antenne n'a pas le temps de chercher des intervenants, des
experts pour commenter l'actualité. C'est donc notre rôle de
trouver ces personnes. Il y en aura en moyenne une par
demi-heure, au regard de ce qui aura été calé lors de la
conférence de rédaction qui a lieu en amont de la tranche pour
laquelle nous travaillons.
D'Johé
Kouadio m'explique que l'invité doit venir enrichir le sujet par
ses connaissances, son expertise ou son témoignage. Son rôle est
donc de trouver le profil idéal, c'est-à-dire quelqu'un qui soit
pertinent sur le fond mais qui sache aussi parler à l'antenne.
En effet, le fait d'être un expert dans son domaine ne fait pas
forcément de la personne un bon orateur. Or, si la personne
n'est pas compréhensible par le grand public, elle perdra les
auditeurs.
Une
fois la bonne personne trouvée et contactée, l'attaché de
production prend le temps de lui expliquer le format dans lequel
elle intervient à savoir un entretien de 5 à 6 minutes en
moyenne avec des idées percutantes à faire ressortir.
POUR TROUVER LE BON INVITÉ,
C'EST UN TRAVAIL DE DOCUMENTATION ET D'ENQUÊTE
Peuleux
: Comment trouvez-vous le bon intervenant au bon moment ?
D'Johé
Kouadio : Nous faisons un travail de documentation, nous sommes
toujours à l'affut des nouveaux profils dont nous pourrions
avoir besoin. Nous regardons qui sont les invités reçus sur
d'autres antennes de Radio France et d'autres médias (presse
écrite, télévision). C'est une veille pluridisciplinaire et
plurimédias puisque nous sommes généralistes. Nous lisons la
presse, nous lisons les livres qui nous sont envoyés…
Les
attachés de production font aussi un travail de sourcing à
travers les dépêches reçus. Ainsi, au sujet dela hausse des vols
de carburant du fait de la hausse des prix à la pompe, ils se
sont mis à la recherche du commandant de Gendarmerie et du
dirigeant d'une société de transport victime de ces vols évoqués
dans ladite dépêche. "Nous sommes un peu devenus des enquêteurs
pour trouver les contacts de ces deux personnes dans un laps de
temps assez court, nous sommes souvent confrontés à ce challenge
de l'immédiateté."
D'Johé
Kouadio : Sur les sujets que nous voyons arriver, nous calons
des intervenants dès le jeudi pour le week-end. Mais parfois,
pour des sujets brûlants, il faut réveiller des personnes au
petit matin pour leur demander de passer à l'antenne. Au regard
de l'actualité, certains se doutent que nous allons les
solliciter parce que nous faisons appel à eux régulièrement.
Pour
trouver des interlocuteurs, les attachés de production passent
aussi par les espaces presse de la structure dont ils font
partie ou les réseaux sociaux. Mais surtout, ils disposent d'une
base de données, d'un carnet d'adresse qui s'enrichit
régulièrement. Pour chaque contact, il y a une petite fiche pour
permettre de mieux le cerner. "C'est un gros travail
collaboratif avec mes collègues" ajoute D'Johé Kouadio.
Il
arrive parfois qu'un invité soit prévu plusieurs jours en amont
comme aujourd'hui pour la journée mondiale de la maladie de
Parkinson. Dans ce cas, l'attaché de production peut prendre le
temps de faire un pré-entretien, c'est-à-dire de voir avec
l'intervenant les angles qui vont être abordés à l'antenne.
D'Johé
Kouadio : Nous préparons des notes pour les journalistes en
charge de l'entretien avec le profil de la personne et pourquoi
il est pertinent. Mais parfois, cette présentation se fait à
l'oral car nous travaillons les uns à côtés des nôtres et nous
sommes tout le temps dans l'échange. Nous formons un vrai
trinôme avec le rédacteur en chef et l'animateur fil rouge.
Le
week-end, Franceinfo s'appuie sur trois attachés de production
en relais : une le matin, une l'après-midi et un le soir. D'Johé
est là de 6h00 à 14h00 au service de deux tranches : elle
prépare le 10h00-14h00 et à la charge de réceptionner ce qui a
été préparé la veille pour la matinale. "Je ne les ai pas
choisis mais c'est moi qui les appelle ou les accueille en
studio".
D'Johé
Kouadio : Si quelque chose d'important s'est passé durant la
nuit, je peux être amenée à modifié le travail de ma collègue
Aline pour adapter l'antenne à l'actualité.
L'ATTACHÉE DE PRODUCTION AU COEUR DU DISPOSITIF
Pendant
toute la tranche, l'attaché de production est en régie aux côtés
du rédacteur en chef et du technicien. Avec ce dernier, il
vérifie la qualité audio de la liaison téléphonique, indique à
l'invité le temps restant avant son passage d'antenne puis le
remercie après l'entretien.
Peuleux
: Avez-vous beaucoup d'invités en studio en dehors des grosses
interviewes de la matinale ?
D'Johé
Kouadio : Certains aiment bien venir sur place mais ça ne vaut
pas véritablement le coup pour des entretiens courts comme nous
faisons.
Peuleux
: S'il est décidé de faire intervenir à l'antenne un
correspondant à l'étranger de Radio France plutôt qu'un invité,
est-ce vous qui le calez ?
D'Johé
Kouadio : Non, là ce sera plutôt le chef des informations qui
gérera ou le rédacteur en chef.
Peuleux
: Quelles sont les qualités nécessaires à ce travail à part
avoir une bonne batterie de téléphone ?
D'Johé
Kouadio : Avoir une bonne batterie émotionnelle ! Il faut savoir
gérer l'urgence. L'année dernière, nous avions pas mal
d'éditions spéciales le week-end, or nous sommes une petite
équipe pour réagir. Mais c'est grisant.
Peuleux
: Quel est ton parcours avant d'arriver à ce poste ?
D'Johé
Kouadio : J'ai fait un master à Sciences Po Paris en histoire
contemporaine. En deuxième année, je me suis rendue compte que
je n'avais pas forcément envie d'enseigner et je me suis
inscrite au programme de recrutement "l'Académie des antennes de
Radio France" qui s'adresse à des personnes qui veulent
travailler en radio sans forcément être journalistes. Une
trentaine de personnes est retenuechaque année et intégrée à la
Maison de la Radio le temps d'un été sur différents postes. Mon
CV a été retenu pour un stage à France Inter ou France Culture
mais la seule à me proposer un travail à l'issu était
Franceinfo, j'ai préféré cette option. Je me suis jetée dans le
bain avec une formation d'une semaine. C'était il y a 3 ou 4
ans.
(*) Les attachés de production sont
aussi parfois appelés programmateurs ou programmatrices.
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