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 ENTRETIEN AVEC... D'JOHÉ KOUADIO / FRANCEINFO | 11/04/2026

Avez-vous remarqué que Franceinfo accueillait un invité à l'antenne à chaque demi-heure durant ses tranches d'information ? C'est là qu'interviennent les attachés de production. Rencontre avec l'une d'entre eux, D'Johé Kouadio qui œuvre le matin le week-end… 

 

Alors que j'étais en immersion aux côtés de Frédéric Carbonne sur la tranche d'information 14h00-17h00 du week-end, j'ai découvert l'existence des attachés de production (*) chargés de trouver celles et ceux qui viendront évoquer l'actualité du moment au micro des présentateurs de tranche. Et pour mieux vous en parler, j'ai sollicité D'Johé Kouadio qui travaille de 6h00 à 14h00 chaque week-end.

 

Peuleux : Quel est le rôle de l'attaché de production ?

D'Johé Kouadio : Il différent selon la radio où nous exerçons. À Franceinfo, la mécanique est particulière puisque nous participons à la construction éditoriale de la tranche avec la programmation des invités à l'antenne. L'animateur fil rouge à l'antenne n'a pas le temps de chercher des intervenants, des experts pour commenter l'actualité. C'est donc notre rôle de trouver ces personnes. Il y en aura en moyenne une par demi-heure, au regard de ce qui aura été calé lors de la conférence de rédaction qui a lieu en amont de la tranche pour laquelle nous travaillons.

D'Johé Kouadio m'explique que l'invité doit venir enrichir le sujet par ses connaissances, son expertise ou son témoignage. Son rôle est donc de trouver le profil idéal, c'est-à-dire quelqu'un qui soit pertinent sur le fond mais qui sache aussi parler à l'antenne. En effet, le fait d'être un expert dans son domaine ne fait pas forcément de la personne un bon orateur. Or, si la personne n'est pas compréhensible par le grand public, elle perdra les auditeurs.

Une fois la bonne personne trouvée et contactée, l'attaché de production prend le temps de lui expliquer le format dans lequel elle intervient à savoir un entretien de 5 à 6 minutes en moyenne avec des idées percutantes à faire ressortir.

 

POUR TROUVER LE BON INVITÉ, C'EST UN TRAVAIL DE DOCUMENTATION ET D'ENQUÊTE

Peuleux : Comment trouvez-vous le bon intervenant au bon moment ?

D'Johé Kouadio : Nous faisons un travail de documentation, nous sommes toujours à l'affut des nouveaux profils dont nous pourrions avoir besoin. Nous regardons qui sont les invités reçus sur d'autres antennes de Radio France et d'autres médias (presse écrite, télévision). C'est une veille pluridisciplinaire et plurimédias puisque nous sommes généralistes. Nous lisons la presse, nous lisons les livres qui nous sont envoyés…

Les attachés de production font aussi un travail de sourcing à travers les dépêches reçus. Ainsi, au sujet dela hausse des vols de carburant du fait de la hausse des prix à la pompe, ils se sont mis à la recherche du commandant de Gendarmerie et du dirigeant d'une société de transport victime de ces vols évoqués dans ladite dépêche. "Nous sommes un peu devenus des enquêteurs pour trouver les contacts de ces deux personnes dans un laps de temps assez court, nous sommes souvent confrontés à ce challenge de l'immédiateté."

 

D'Johé Kouadio : Sur les sujets que nous voyons arriver, nous calons des intervenants dès le jeudi pour le week-end. Mais parfois, pour des sujets brûlants, il faut réveiller des personnes au petit matin pour leur demander de passer à l'antenne. Au regard de l'actualité, certains se doutent que nous allons les solliciter parce que nous faisons appel à eux régulièrement.

Pour trouver des interlocuteurs, les attachés de production passent aussi par les espaces presse de la structure dont ils font partie ou les réseaux sociaux. Mais surtout, ils disposent d'une base de données, d'un carnet d'adresse qui s'enrichit régulièrement. Pour chaque contact, il y a une petite fiche pour permettre de mieux le cerner. "C'est un gros travail collaboratif avec mes collègues" ajoute D'Johé Kouadio.

 

Il arrive parfois qu'un invité soit prévu plusieurs jours en amont comme aujourd'hui pour la journée mondiale de la maladie de Parkinson. Dans ce cas, l'attaché de production peut prendre le temps de faire un pré-entretien, c'est-à-dire de voir avec l'intervenant les angles qui vont être abordés à l'antenne.

 

D'Johé Kouadio : Nous préparons des notes pour les journalistes en charge de l'entretien avec le profil de la personne et pourquoi il est pertinent. Mais parfois, cette présentation se fait à l'oral car nous travaillons les uns à côtés des nôtres et nous sommes tout le temps dans l'échange. Nous formons un vrai trinôme avec le rédacteur en chef et l'animateur fil rouge.

 

Le week-end, Franceinfo s'appuie sur trois attachés de production en relais : une le matin, une l'après-midi et un le soir. D'Johé est là de 6h00 à 14h00 au service de deux tranches : elle prépare le 10h00-14h00 et à la charge de réceptionner ce qui a été préparé la veille pour la matinale. "Je ne les ai pas choisis mais c'est moi qui les appelle ou les accueille en studio".

D'Johé Kouadio : Si quelque chose d'important s'est passé durant la nuit, je peux être amenée à modifié le travail de ma collègue Aline pour adapter l'antenne à l'actualité.

 

L'ATTACHÉE DE PRODUCTION AU COEUR DU DISPOSITIF

Pendant toute la tranche, l'attaché de production est en régie aux côtés du rédacteur en chef et du technicien. Avec ce dernier, il vérifie la qualité audio de la liaison téléphonique, indique à l'invité le temps restant avant son passage d'antenne puis le remercie après l'entretien.

 

Peuleux : Avez-vous beaucoup d'invités en studio en dehors des grosses interviewes de la matinale ?

D'Johé Kouadio : Certains aiment bien venir sur place mais ça ne vaut pas véritablement le coup pour des entretiens courts comme nous faisons.

 

Peuleux : S'il est décidé de faire intervenir à l'antenne un correspondant à l'étranger de Radio France plutôt qu'un invité, est-ce vous qui le calez ?

D'Johé Kouadio : Non, là ce sera plutôt le chef des informations qui gérera ou le rédacteur en chef.

 

Peuleux : Quelles sont les qualités nécessaires à ce travail à part avoir une bonne batterie de téléphone ?

D'Johé Kouadio : Avoir une bonne batterie émotionnelle ! Il faut savoir gérer l'urgence. L'année dernière, nous avions pas mal d'éditions spéciales le week-end, or nous sommes une petite équipe pour réagir. Mais c'est grisant.

 

Peuleux : Quel est ton parcours avant d'arriver à ce poste ?

D'Johé Kouadio : J'ai fait un master à Sciences Po Paris en histoire contemporaine. En deuxième année, je me suis rendue compte que je n'avais pas forcément envie d'enseigner et je me suis inscrite au programme de recrutement "l'Académie des antennes de Radio France" qui s'adresse à des personnes qui veulent travailler en radio sans forcément être journalistes. Une trentaine de personnes est retenuechaque année et intégrée à la Maison de la Radio le temps d'un été sur différents postes. Mon CV a été retenu pour un stage à France Inter ou France Culture mais la seule à me proposer un travail à l'issu était Franceinfo, j'ai préféré cette option. Je me suis jetée dans le bain avec une formation d'une semaine. C'était il y a 3 ou 4 ans.

 

(*) Les attachés de production sont aussi parfois appelés programmateurs ou programmatrices.

 



LE 9 A LA SUITE D'HISTOIRE(S) RADIOPHONIQUE(S)

Si je devais interviewer une autre personnalité radiophonique, vers qui m'orienterais-tu ?

Un technicien derrière sa console !

 

Les voix ou les émissions de radio qui ont marqué ton enfance ?

Mon père travaille comme journaliste à RFI. Il a donc été la voix la plus marquante de mon enfance : Zéphirin Kouadio avec "Afrique Soir" !

 

La plus belle rencontre radiophonique ?

Mes collègues attachés de production, il y a une super équipe. Il y a 4 ans, j'étais la plus jeune et, aujourd'hui, je forme de nouveaux collègues.

 

La pire rencontre radiophonique ?

Je n'ai pas vraiment de mauvais souvenir mais plutôt une situation désagréable : les matins où l'on doit accueillir des invités avec lesquels nos valeurs ne sont pas forcément alignées et leur assurer un accueil cordial…

 

Le plus beau souvenir en radio ?

J'admire beaucoup l'actrice Vimala Pons. L'année dernière, elle a été invitée dans le 12-15 et j'étais venue l'écouter en studio alors que ce n'était pas ma tranche. Après son passage à l'antenne, elle a oublié son carnet. Je le lui ai rapporté et nous avons pu échanger un peu.

 

Le pire souvenir en radio ?

La première fois que j'ai mis un invité en ligne et que la liaison a coupé. J'étais mal alors que je n'y étais pour rien.

 

Quand tu n'es pas à la radio, écoutes-tu la radio ?

J'écoute Franceinfo avant de venir travailler. J'aime bien écouter des émissions musicales de France Inter comme "Tapage". J'aimais bien "Boomerang".

 

Quand tu sors de la radio, que fais-tu ?

J'essaye de profiter du reste de ma journée si je ne suis pas trop fatiguée. Sinon, je fais une petite sieste jusqu'à 17h30. Quand il fait beau, j'aime bien rentrer en vélo le long de la Seine.

 

Et dans 5 ans ?

Je suis très fan de cinéma et de musique, pourquoi pas me détacher de l'information pour aller vers une émission culturelle. La programmation culturelle est véritablement quelque chose qui me tente.

  

Remerciements : Merci à Frédéric Carbonne de m'avoir présenté D'Johé Kouadio. Merci à D'Johé Kouadio de m'avoir reçu au débotté et d'avoir pris le temps de me répondre. Merci à ma Maman pour la relecture | Photos : Peuleux

 

Pour aller plus loin...

Dans les coulisses du... 14-17 week-end
de Franceinfo

Entretien avec...
Frédéric Carbonne
     

Franceinfo

France Inter

France Culture
   

dernière mise à jour de cette fiche le 27/04/2026


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