Peuleux | Le monde de Spirou et Fantasio

 ENTRETIEN AVEC...  BRUNO GILBERT / NOSTALGIE | 09/04/2019

Animateur radio depuis 34 ans, Bruno Gilbert est l'un des doyens des radios NRJ Group avec 26 ans d'antenne et plus particulièrement de Nostalgie où il œuvre depuis la rentrée 2000. Aux commandes du 16-20 de Nostalgie depuis mars 2014, Bruno Gilbert est toujours aussi passionné de radio. Rencontre avec un dinosaure radiophonique tout en gentillesse et bienveillance…

 

Mardi 9 avril, Bruno Gilbert m'accueille dans le grand hall de NRJ Group à Paris. Une fois la sécurité passée, les locaux de Nostalgie sont au sous-sol après le "beau studio" utilisé par Cauet ou la matianle de Chérie et juste après le studio principal  de Rire & Chansons. Un open-space à l'aspect vintage s'ouvre devant vous éclairé par des fenêtres donnant au ras du parking voisin. Au fond, des bureaux aquariums (dont celui du directeur d'antenne). Juste à gauche, le studio de Nostalgie est planté face à l'open space avec une simple baie vitrée pour les séparer. C'est dans un minuscule studio avec une seule chaise, caché entre un escalier en colimaçon et le studio principal, que nous nous installons pour l'interview.

 

Un début de carrière sur les locales de Haute-Normandie…

 

La carrière radiophonique de Bruno Gilbert débute à l'été 1985. A l'époque, il vient de finir sa première année de BTS publicité à Paris et est animateur bénévole pour le tout jeune comité des fêtes de Saint-Valéry-en-Caux (Seine-Maritime). "J'ai animé les foires au hareng, les kermesses paroissiales, les fêtes du 14 Juillet". "Aller au contact des gens sur le terrain, j'adore ça !".

Le président du comité des fêtes connaissant bien le vice-président de l'association Solaris, une radio locale, Bruno Gilbert passe un mois à Yvetot pour faire des maquettes. Il y découvre l'univers de la radio libre, "pas la radio pirate, une radio associative déjà structurée avec deux salariés". Il commence ensuite à y travailler bénévolement comme animateur à l'antenne mais aussi comme animateur de la tournée des podiums. Puis, il assure des créneaux à l'antenne de Solaris et y rencontre même sa première épouse.

Son BTS en poche, il enchaîne les expériences dans différentes radios de Haute-Normandie : Dieppe FM, Fun Radio Rouen, Radio Services, RVS…

 

Avec RVS, j'ai appris la rigueur et à être pro…

 

Bruno Gilbert : RVS, une radio de référence, le premier réseau de Normandie, la première radio indépendante de France ! Une radio mythique en France… Si cela avait été géré autrement, RVS serait probablement encore là, tout comme Vibration ou Alouette. Je me souviens qu'à la gare Saint Lazare, au-dessus des voies 26 à 28, il y avait un panneau publicitaire "Au-delà de cette limite, vous écoutez RVS".

Il travaille à RVS durant 4 ans. "C'est véritablement là que j'ai tout appris. Il y avait un matériel de fou furieux pour l'époque, du très haut de gamme." Il dit y avoir appris la rigueur, à être pro. Il considère même avoir franchi une étape professtionnelle avec cette radio.

Parmi les 60 salariés de la station, il croisera Carl Defray (ajourd'hui matinalier weekend sur RFM), Pascal Langlois (ajourd'hui sur les après-midi de RTL2), Olivier Baroux qui a réalisé la série des films "Les Tuche" ou Yann Kulig 'ancien d'Europe 1).

 

J'ai signé pour les matinales de Chérie FM en 48 heures ! En 15 minutes pour Nostalgie...

 

En 1993, alors que RVS est en difficulté (extension de la zone de couverture trop rapide par rapport aux moyens financiers, effondrement du marché publicitaire, forte concurrence de NRJ qui développe son réseau Rire & Chansons…), Christophe Sabot appelle Bruno Gilbert pour lui proposer le morning de Chérie FM. Deux jours plus tard, il signe son contrat à Paris avec l'accord du patron de RVS contacté par téléphone par Christophe Sabot. Pour l'anecdote, Radio France Normandie (ancêtre de France Bleu Haute Normandie), le contactera aussi mais 15 jours trop tard...

 

Bruno Gilbert présente la matinale de Chérie FM jusqu'en décembre 1995 où elle est reprise par Jean-Marc Morandini. Bruno passe alors sur les matinées puis glissera sur les débuts d'après-midi.

En 1997, Jean-Marc Morandini qui est directeur d'antenne de Chérie FM, lui propose la matinale week-end et le poste de joker de Rémy Jounin qui a repris la matinale semaine.

Bruno Gilbert : Je n'ai pas trop le choix, j'accepte, je le prends mal, je le prends comme un placard. Finalement, je m'en suis très bien accommodé. C'était tout confort ! Parlons salaire : le salaire était le même pour parler le weekend et faire quelques remplacements en semaine.

 

En 2000, on lui propose de passer de Chérie FM à Nostalgie qui vient d'être rachetée par NRJ. "Après, 15 minutes de réflexion, j'accepte en demandant à garder le 6h00-12h00 du week-end". Demande acceptée mais assortie de plus de remplacements à faire.

Le 17 mars 2014, à la demande de Xavier Laissus, directeur d'antenne de Nostalgie, Bruno Gilbert repasse en quotidienne avec la charge du 16-20.

Peuleux : Quelle est la particularité de la tranche 16h00-20h00 sur Nostalgie ?

Bruno Gilbert : On joue la proximité dans la continuité de l'ensemble de la grille de Nostalgie, sans se prendre la tête et avec bonne humeur. Il n'y a pas de particularité si ce n'est que j'arrive après la tranche dédiée aux 26 décrochages locaux.

 

Fraicheur et spontanéité pour maîtres mots…

 

Peuleux : Comment prépares-tu ton émission ?

Bruno Gilbert : (Enorme rire) Je n'aime pas le terme "préparer une émission", je préfère me mettre en condition. Ce n'est pas un secret, j'habite près de Rouen soit à 130 km des studios. Venant en voiture tous les jours, j'ai énormément le temps de me mettre en condition à l'écoute de la radio. De toutes les radios.

Tu sais, quand j'arrive, la playlist est prête. Je maitrise la technique. Pour l'animation, je joue la carte de la spontanéité. Je n'arrive pas à préparer mes interventions sur papier, à tout écrire à la virgule près. Ça déstabilise d'ailleurs mes stagiaires ! A la rigueur, je note quelques mots clés lorsque j'ai une intervention un peu plus longue avec des informations plus précises à donner. Après, j'ai 34 ans de métier, ça doit jouer un peu… Ce qui ne m'empêche pas de partir en vrille à l'occasion.

Bruno Gilbert avoue qu'il pourrait télécharger la programmation musicale depuis chez luii, la technique le permet aujourd'hui, mais il veut absolument "être frais à l'antenne", il ne veut pas faire de copier-coller de l'émission de la veille.

Bruno Gilbert : J'essaye d'être au plus près de l'état d'esprit des auditeurs. Sachant que je suis un grand automobiliste, je me mets déjà facilement dans la peau de ceux qui rentrent chez eux en bagnole, qui sont dans les bouchons. Quand je leur dis " je suis de tout cœur avec eux", c'est totalement vrai !

 

Pendant ses 4 heures, Bruno n'est pas seul en studio. Outre la vue directe sur l'open space, il est accompagné de Nicolas Bourbois, le journaliste qui assure les flashes à chaque heure. Et il est aidé par une stagiaire qui vient du Studec. Stagiaire à qui il souhaite transmettre sa passion de la radio avant de lui transmettre son savoir-faire.  Il tient à ce côté transmission vers la jeune génération.

 

 


LE 9 A LA SUITE D'HISTOIRE(S) RADIOPHONIQUE(S)

 

Si je devais interviewer une autre personnalité radiophonique, vers qui m'orienterais-tu ?

C'est une super question ! Le premier qui me vient à l'esprit est Eric Jean-Jean. C'est le seul, à mon goût, qui mène les interviewes comme s'il parlait avec un pote et pas avec cette formalité des questions-réponses. Nous nous twittons régulièrement alors que nous sommes à l'antenne à la même heure. 

 

Les voix ou les émissions de radio qui ont marqué ton enfance ?

Fabrice sur RTL, évidemment ! 1 000 fois Fabrice. C'est lui qui m'a donné envie de faire de la radio ! Mon seul regret est de ne pas l'avoir côtoyé. Mais je l'ai vu lors d'émissions publiques rue Bayard. Il a dû déclencher énormément de vocations dans les animateurs de mon âge, 50 ans.

André Torrent avec le "Hit-parade" de RTL. Un peu Maurice Favières le matin. Et Pierre Bellemare avec ses fabuleuses histoires sur Europe 1.

 

La plus belle rencontre radiophonique ?

Il n'y en a pas eu une, il y en a eu beaucoup. J'ai presque envie de dire "joker". J'ai rencontré plein d'artistes… Mais ça doit être le Public (avec un grand P) parce que si nous faisons de la radio, c'est pour lui. Ce n'est pas pour une direction ou une régie pub, c'est pour les gens qui écoutent la radio.

 

La pire rencontre radiophonique ?

Il n'y a pas de pire rencontre car même les mauvais souvenirs t'apprennent toujours quelque chose.

 

Le plus beau souvenir en radio ?

Les nombreux fou-rires que je peux avoir et que j'essaye de contenir à l'antenne… Mais pour te parler d'un souvenir récent sur Nostalgie : lorsque nous avons fait gagner une très belle somme d'argent – 3000 euros de mémoire - à une dame qui visiblement n'avait pas beaucoup de tunes. Elle pleurait au téléphone juste parce qu'elle allait pouvoir réaliser son rêve d'emmener ses enfants en vacances. J'en ai pleuré aussi derrière mon micro.

 

Le pire souvenir en radio ?

Le jour où je me suis endormi à RVS. J'avais eu un week-end non-stop entre l'antenne - où j'étais presque 7 jours sur 7 - et une animation de jeux inter-villages qui avait duré tard dans la soirée. J'avais pris l'antenne à 5h00. A un moment, mon producteur me laisse pour aller chercher des croissants à la boulangerie d'à côté pendant que je calais le maxi 45 tours d'Andréa "I'm a lover". J'ai eu la bêtise de poser mon front sur la perche du micro et mes mains sur le plan de travail. Je me suis endormi en 5 secondes ! Lorsque mon producteur a sonné à l'entrée pour que je lui ouvre, j'ai réalisé qu'il n'y avait plus rien à l'antenne si ce n'est le "crr crrr" du vinyle arrivée à la fin. Je n'ai jamais eu d'écho à cet épisode et je n'ai jamais su combien de temps j'avais dormi !

  

Quand tu n'es pas à la radio, écoutes-tu la radio ?

J'écoute énormément la radio. En premier lieu Nostalgie pour être courant de ce que l'on passe. Sinon j'écoute peu de musicales mais plutôt des radios bavardes.

En déposant mes enfants au collège et lycée, c'est Manu sur NRJ avec le jeu des 5 mots vers 7h35.

Après je bascule sur Nikos Aliagas. Avant j'écoutais Bourdin qui me réveillait bien mais je suis passé sur Europe 1.

De 9h00 à midi, c'est incontournable : "les Grandes gueules" sur RMC et RMC Story en bruit de fond. J'aime ce côté polémique, ce côté où l'on s'étripe pour des choses qui parfois me font bondir.

A 13h00, je prends ma voiture pour venir travailler et là c'est radio Bla Bla Car. je discute avec mes passagers.

A 14h00, si la conversation se calme dans la voiture, je mets Christophe Hondelatte sur Europe 1. Je me surprends parfois dans le parking de la radio à attendre la fin de l'histoire.

Et sur la route du retour, ce sont les copains de Sanef 107.7 s'il ne fait pas beau. Quand j'ai des passagers qui veulent faire des blind-tests, je mets Guillaume Aubert sur Nostalgie. Et je suis le meilleur à ce jeu !

J'aime bien aussi l'émission d'Emilie Mazoyer sur Europe 1. C'est une émission musicale mais qui parle. J'ai plein d'informations, il y a des avis, des nouveaux groupes. Elle ne me semble pas toute seule dans sa tête des fois ! Ça parle et ça chante, exactement ce qu'il me faut. Et ça m'emmène jusqu'à 22h00 avec "Europe nuit".

 

Quand tu sors de la radio, que fais-tu ?

Je rentre à Rouen ce qui me monopolise au mieux 1h10. Je vois mes enfants, je dîne avec ma femme qui à la gentillesse de m'attendre. Et puis, c'est Netflix.

 

Et dans 5 ans ?

J'espère être encore ici à Nostalgie. J'y suis bien. Cela fait 26 ans que je suis dans le groupe NRJ, depuis 1993. J'espère y rester…. Mais nous connaissons le milieu radiophonique (moins panier de crabes que la télévision) où nous dépendons des sondages d'audiences… Mais j'aime le côté familial de Nostalgie. Et nous avons de la chance de gagner notre vie en faisant un métier que nous avons choisi et de la faire dans des conditions agréables

 

Remerciements : Merci à Bruno Gilbert pour son accueil chaleureux, son humour, sa disponibilité. Merci à Patrick Couveignes qui nous a laissé prendre quelques photos en studio pendant son émission. | Photo : Peuleux, Nostalgie, rvsfm.free.fr, radiosolaris.free.fr

 

Pour aller plus loin...


Chérie FM
 
Nostalgie

 

   

dernière mise à jour de cette fiche le 22/04/2019


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