Peuleux | Le monde de Spirou et Fantasio

 ENTRETIEN AVEC...  ISABELLE LABEYRIE / RADIO FRANCE | 18/04/2023

Journaliste à Radio France depuis 20 ans, Isabelle Labeyrie parle de l'actualité internationale chaque matin sur Franceinfo et présente le podcast "Guerre en Ukraine" de Radio France. Rencontre avec une journaliste qui aime raconter la grande histoire cachée derrière la petite information…

 

Sortie de l'école de journalisme de Lille en 1999, Isabelle Labeyrie rêve de travailler à France Info pour connaitre le "speed" de l'actualité et pouvoir passer à l'antenne dès qu'il se passe quelque chose d'important. Et son rêve se réalise rapidement puisqu'à peine sortie de l'école, elle rentre au sein de la radio d'information continue pour des remplacements, 2 jours par ci, 3 mois par là… Et cela pendant 3,5 ans.

Finalement, elle est embauchée par Radio France pour des sujets d''information générale en France. Puis elle part faire des reportages à l'étranger. En 2010, elle couvre le tremblement de terre qui a ravagé Haïti. Son reportage "la clinique de l'espoir" lui vaudra le Prix du grand reportage Radio France 2010.

En 2014, elle accepte le poste de cheffe du service étranger de France Info. Mais en 2018, Radio France décide de créer une rédaction internationale transverse à toutes ses radios, comme cela existe déjà pour le Sport.

Isabelle Labeyrie : Lors de la création de cette rédaction internationale, nous avons réuni les journalistes des trois radios, France Info, France Inter et France culture. Nous avons touillé et mis tout le monde au service de ces trois antennes – voire de France Bleu occasionnellement - même si chacun avait son propre historique en ayant travaillé plus pour l'une des trois radios.

La rédaction est organisée en deux pôles : l'Europe et le Monde. Isabelle prend les commandes du pôle Europe de septembre 2018 à août 2022.

 

Peuleux : Le fait d'être aujourd'hui spécialisée dans l'actualité internationale, c'est un choix de ta part, une opportunité ou une orientation impulsée par ta direction ?

Isabelle Labeyrie : J'avais envie d'aller à l'étranger. J'adore aller dans d'autres pays. Mais il y a tout de même une part d'opportunité dans tout cela.

 

Je veux faire œuvre de pédagogie dans mes chroniques

 

Depuis la rentrée 2020, Isabelle Labeyrie présente chaque matin la chronique "le monde est à vous" sur Franceinfo. Cette saison, elle nous ouvre une fenêtre sur le Monde à 6h53 dans la prématinale et à 8h24 dans la matinale de Franceinfo.

Isabelle Labeyrie : Je n'ai pas de cahier des charges, je cherche juste à être didactique et à faire œuvre de pédagogie. Je ne suis pas faite pour l'analyse diplomatique, j'ai des collègues qui le font très bien, je préfère m'intéresser à des sujets sociétaux ou à une histoire notable.

La journaliste aime bien partir d'un petit événement ou d'une petite information qui a finalement beaucoup plus à dire qu'il n'y paraît. Par exemple, elle a évoqué cette photo d'une touriste posant lascivement au Soleil assise sur un rail menant vers l'entrée du camp d'Auschwitz-Birkenau, plus grand complexe concentrationnaire du Troisième Reich où des milliers de personnes ont été exterminées. Au-delà du récit de ce fait, la journalise a ouvert la question vers une réflexion sur la manière dont la nouvelle génération hyper connectée perçoit l'Histoire et les moyens technologiques mis en place pour maintenir le devoir de mémoire dans de tels lieux.

Isabelle Labeyrie dispose d'un vaste champ d'action dans le choix de ses sujets car l'actualité est riche à travers la planète et ne s'arrête jamais. Toutefois, elle doit trouver des sujets qui parleront et/ou intéresseront les auditeurs français. C'est pour cela qu'il lui arrive très occasionnellement de sortir le temps d'une journée de l'actualité pour un sujet "plus magazine".

A noter que depuis quelques temps, "le Monde est à vous" se décline en vidéo chaque mardi. La séquence diffusée sur la chaine Franceinfo et les réseaux sociaux reprend souvent le sujet évoqué le matin même à la radio ou bien la veille selon les choix rédactionnels.

 

Raconter la guerre mais aussi la vie quotidienne des ukrainiens

 

Depuis le 7 mars 2022, la rédaction internationale de Radio France propose un podcast original autour de la guerre en Ukraine en suivant à la fois les combats, les conséquences internationales et la vie des ukrainiens. Lorsque Grégory Philipps qui avait lancé ce podcast quitte Radio France à l'été 2022, Isabelle Labeyrie se porte volontaire pour lui succéder.

Très vite, la journaliste apporte sa patte à ce rendez-vous disponible uniquement en podcast. Aux notes vocales des journalistes mises en place par Grégory Phillips, elle ajoute des notes vocales réalisées par des ukrainiens francophones ainsi qu'une chanson en fin d'émission.

Isabelle Labeyrie : Lorsque nous racontons une guerre, nous parlons beaucoup du front et de l'évolution des combats. Mais en Ukraine, la vie ordinaire continue dans certaines villes : les enfants vont à l'école, il y a encore des séances de cinéma et des spectacles vivants, les gens travaillent…. Et je voulais que les ukrainiens sur place me le racontent.

 

Actuellement, deux émissions de "Guerre en Ukraine" sont proposées chaque semaine, le lundi et le jeudi. Pour préparer chaque numéro, le travail est continu tout au long de la semaine. Chaque jour, la journaliste surveille les informations autour du conflit, prend des notes et retient des idées.

La veille de la publication du podcast, elle établit le conducteur de l'émission avec les sujets retenus. Elle collecte les mémos vocaux, des extraits des différentes émissions de Radio France pour en retirer une intervention en lien avec l'un des sujets du jour, elle sollicite ses collègues journalistes ou des spécialistes pour une intervention. Elle enregistre elle-même ses participations et des interviewes. Le jour de ma visite, elle travaillait avec Anna Ognyanyk, journaliste ukrainienne accueillie par Radio France, sur un numéro spécial de "Guerre en Ukraine" qui répond aux questions des auditeurs. Et le jour J, elle travaille avec un technicien pendant environ 3,5 heures pour mettre en forme l'émission et la publier.

 

Pour ce qui concerne l'avenir de "Guerre en Ukraine", Isabelle Labeyrie a du mal à se projeter. Sa seule certitude est que la guerre ne s'arrêtera pas avant l'été. Elle réfléchit avec sa direction sur le maintien du rythme de diffusion du podcast : rester à deux émissions hebdomadaires ou passer à une seule car c'est une cadence de travail soutenu pour elle avec, en parallèle, sa chronique matinale. Toujours est-il qu'elle n'envisage pas d'arrêter car selon elle ce podcast à une vocation de service public en maintenant une continuité d'information sur le conflit. Il est difficile de lui donner tort lorsque l'on se rappelle que l'Ukraine n'était quasiment plus évoquée à l'antenne de certaines chaines d'information continue au moment de l'affaire Palmade.

D'ici l'été, la journaliste devrait retrouver le terrain puisqu'elle se prépare à un séjour de 2 semaines en Ukraine…

 

Retrouvez Isabelle Labeyrie dans "le Monde est à vous" du lundi au vendredi à 6h53 et 8h24 sur Franceinfo (la radio), le mardi en multidiffusion sur Franceinfo (la radio) et les réseaux sociaux ainsi que dans "Guerre en Ukraine" les lundis et jeudis en podcast.

 

 

LE 9 A LA SUITE D'HISTOIRE(S) RADIOPHONIQUE(S)

 

Si je devais interviewer une autre personnalité radiophonique, vers qui m'orienterais-tu ?

Caroline Gillet, journaliste de France Inter qui a signé le podcast "Inside Kaboul".

 

Les voix ou les émissions de radio qui ont marqué ton enfance ?

Les "Histoires extraordinaires" de Pierre Bellemare !

 

La plus belle rencontre radiophonique ?

En 2010, en Haïti : la mère de Fédora. Cette jeune fille est restée coincée 9 jours sous les décombres de sa maison à Port-au-Prince. Son petit frère est mort sous les décombres. Cette maman m'a touché par sa dignité dans la misère car elle avait tout perdu - sauf sa fille - et elle restait debout malgré tout. Une leçon d'humanité et de dignité formidable…

 

La pire rencontre radiophonique ?

Une parmi d'autres : Christophe Girard, adjoint au Maire de Paris en charge de la Culture à ce moment-là. Lors d'une "Nuit blanche" dont il est l'un des initiateurs, il m'a complètement snobée parce que je n'étais qu'une petite reporteur. Il avait été assez désagréable.

 

Le plus beau souvenir en radio ?

Quand tu prends en direct des gens qui se trouvent juste à côté de toi sans savoir ce que cela va donner à l'antenne. Parfois la personne part dans des délires sans que tu ne puisses la contrôle. Ça me fait toujours rire. J'en ai eu lors d'intervention dans un stade de football ou lors du passage à l'Euro….

Ah non, j'ai mieux comme souvenirs : 1999 à Aramon dans les Vosges après la tempête du siècle. Le 31 décembre, nous faisons des directs toutes les heures depuis le village. J'allais à La Poste, au bar du village, dans une famille…. Et j'expliquais comment les gens se débrouillaient sans électricité et comment ils se préparaient malgré tout au passage à l'An 2000. A minuit, la radio devait m'appeler au restaurant. Mais à minuit pas d'appel. Les minutes défilent, je m'agace… A minuit 10, je les appelle furieuse en leur demandant pourquoi ils ne m'avaient pas rappelé alors que j'avais plein de choses sympas à raconter. Réponse du rédacteur en chef : "Bah si tu es passée en direct". J'insiste plusieurs fois et à chaque fois la réponse est la même : "Mais si tu es passée à l'antenne !". En fait, au lieu de me téléphoner au restaurant, ils ont appelé dans la famille où j'étais 1 heure avant. Une femme déjà un peu éméchée a décroché. A la demande de son interlocuteur, elle confirme que le son et bon et elle se retrouve à l'antenne. La nana joue le jeu et répond avec enthousiasme au présentateur du journal : "on n'a pas d'électricité mais on va lancer des pétards et des feux d'artifices et allumer plein de bougies, à vous les studios !". A Paris, ils ont cru que c'était moi un peu pompette. Et pendant des années, ils ont cru que c'était moi !

 

Le pire souvenir en radio ?

A mes tout débuts, je faisais des directs depuis des cabines téléphoniques sur une manifestation. Alors que nous faisons un questions-réponses avec le journaliste en studio, il me pose une question à laquelle je ne sais pas répondre. De stress, je raccroche ! Après j'ai dit que j'avais eu un problème technique !

  

Quand tu n'es pas à la radio, écoutes-tu la radio ?

Oui. J'écoute Franceinfo et des podcasts.

 

Quand tu sors de la radio, que fais-tu ?

Je vais dormir !

 

Et dans 5 ans ?

Ouf ! Oh la vache, je suis obligée de répondre (rire). Je n'ai jamais eu de plan de carrière, j'ai toujours pu faire ce que j'aimais, j'ai toujours été guidée par le plaisir et l'envie…. Je ne sais pas ce que seront mes envies et mon plaisir dans 5 ans…. Mais ce que je sais que dans 5 ans mon métier aura considérablement changé car on ne fera plus de la radio de la même manière, il y aura de moins en moins de flux et plus d'internet et de vidéo.

 

Remerciements : Merci à Isabelle Labeyrie pour son accueil et sa disponibilité alors qu'elle était en plein rush pour enregistrer une séquence pour le podcast. Merci pour nos échanges sur l'actualité et avec Anna. Merci aussi pour le coup de fil vers une connaissance à la rédaction de RTL ;o)

Photos : Peuleux, Radio France

 

Pour aller plus loin...

Dans les coulisses de...
"Guerre en Ukraine"

Entretien avec...
Amandine Bégot
   


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dernière mise à jour de cette fiche le 01/05/2023


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