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 ENTRETIEN AVEC...  MAXIME SWITEK / EUROPE 1 | 10/04/2017

En une douzaine d'années, Maxime Switek est devenu l'une des voix de l'information sur Europe 1. Il incarne désormais l'actualité à la mi-journée quand il ne joue pas le joker de Thomas Sotto. Arrivé dans la maison après avoir été lauréat de la Bourse Lauga-Delmas, il officie à différents postes avant de rentrer dans la lumière. Rencontre avec un journaliste modeste et plein de talent…

 

Lundi 10 avril, il est 14h10. Maxime Switek vient de terminer sa journée à Europe 1 après avoir présenté "Europe Midi" et le flash de 14h00. Avant de partir en direction de la rue Oberkampf où se trouve le studio de "C à vous", il s'installe à la terrasse de la brasserie voisine pour déjeuner. Entre deux bouchées dans son hamburger et deux frites, il prend le temps de répondre à mes questions.

 

Né à Seclin (dans le Nord) en 1980, Maxime Switek est d'une famille où la radio est omniprésente puisque ses parents écoutaient beaucoup la radio. Enfant, il adorait finir sa nuit dans le lit parental pour écouter les informations. Lorsqu'il pense à son avenir professionnel, le jeune Maxime rêve de devenir journaliste à la télévision. C'est avec cette idée qu'il débute ses études au CFJ (Centre de formation des journalistes) de Lille. Maxime fait ses premières armes journalistiques à La Voix du Nord et travaille dans plusieurs locales autour de Lille pour financer ses études.

Il rentre à Europe 1 en gagnant la Bourse Lauga-Delmas

 

Mais Gérard Courchelle, responsable de la filière radio au CFJ, pense que l'étudiant journaliste doit absolument faire de la radio. Après des semaines et des semaines de discussions, Gérard Courchelle arrive à le convaincre. 15 jours après sa sortie du CFJ, Maxime Switek commence à Europe 1. L'arrivée de Maxime Switek se fait d'une manière originale : en gagnant l'édition 2005 de la Bourse Lauga-Delmas, une sorte de concours de talents journalistiques organisé par Europe 1 qui permet au vainqueur d'être embauché au sein de la rédaction de la station. Aujourd'hui, Maxime avoue que si la radio n'était pas son rêve, il est très heureux d'y travailler.

Peuleux : Très vite, Europe 1 vous confie la présentation d'un journal, le journal de 18h00 en plus. C'est un parcours assez inhabituel non ?

Maxime Switek : Avant cela, j'ai d'abord été reporteur durant 5 ans. Je suis arrivé au service informations générales comme tous les jeunes qui débutent. Je suis allé à l'étranger pour couvrir les élections américaines en 2008 pendant 5 semaines, c'était la première campagne de Barack Obama. J'ai couvert le crash du vol Paris-Rio d'Air France. J'ai aussi été correspondant d'Europe 1 à Toulouse pendant 1 an.

Lorsqu'il rentre à Paris, c'est pour présenter le journal de 18h00 dans "Europe Soir" version Nicolas Demorand. Après une saison, Europe 1 lui confie les journaux de la matinale emmenée par Bruce Toussaint puis Thomas Sotto. Ensuite, il prend les commandes de la matinale du week-end avant d'arriver sur "Europe Midi".

 

La matinale du week-end demande la même exigence qu'en semaine

 

Peuleux : Entre la matinale du week-end et la matinale de la semaine, l'exercice est-il le même ?

Maxime Switek : Oui et non. Oui, il est le même sur l'exigence, sur l'énergie qu'il faut y mettre, sur les règles de base à respecter. Non, parce qu'il peut y avoir des tonalités différentes dans les chroniques avec plus de loisirs et de culture, avec des sujets moins tendus qu'en semaine. C'est aussi différent car il y a moins de moyens le week-end qu'en semaine. A l'antenne, les deux matinales doivent se ressembler, il ne doit pas y avoir un décalage énorme.

Peuleux : Lorsque la direction d'Europe 1 vous a confié la matinale du week-end à la rentrée 2014, vous l'avez pris comme une fierté, un challenge, une reconnaissance ?

Maxime Switek : Tout cela. J'étais fier car c'est une grosse tranche, c'est la tranche la plus écoutée après la matinale de la semaine, loin devant toutes les autres tranches d'information de la semaine. J'étais fier qu'on pense à moi.

 

En septembre 2013, il rejoint l'équipe de "C à vous" sur France 5 réalisant enfin son rêve de télévision. La première saison, il cumule les journaux de la matinale en semaine sur Europe 1 et "C à vous" en début de soirée "ce qui était sportif". La saison suivante, il travaillait 7 jours sur 7, "c'était sportif aussi !". Depuis qu'il est arrivé sur "Europe Midi", Maxime a de grosses journées travaillant du lundi 8h00 au vendredi 14h00.

Maxime Switek : Ménager la radio et la télévision est un équilibre un peu difficile à trouver. Je pars de la maison à 7h30, je vois mon fils 5 minutes. Je rentre à 21h00, je le vois 15-20 minutes. Après, je suis en week-end le vendredi à 14h00, nous avons donc une après-midi et le week-end pour nous. C'est intense pendant la semaine mais nous arrivons à trouver l'équilibre avec la fin de la semaine.

 

Je ne me suis jamais autant amusé qu'avec Jean-Michel Apathie

 

A la rentrée 2015, Wendy Bouchard et Maxime Switek inversent leurs postes entre la présentation de la matinale du week-end et la session d'information méridienne. Maxime doit alors faire face à plusieurs challenges : reprendre une session d'information importante, travailler en duo avec Jean-Michel Apathie et travailler avec un grand nom du journalisme très attendu dans un nouvel exercice.

Peuleux : Arriver sur "Europe Midi" dans de telles conditions, cela vous a mis une pression en plus ?

Maxime Switek : Une pression en plus, je ne sais pas. Il y a eu une pression au départ parce que nous ne nous connaissions pas du tout. Jean-Michel Apathie arrivait dans un exercice nouveau alors que j'avais l'habitude d'animer des tranches d'information. Du coup, nous étions hyper concentrés au début. Au-delà de cette période de rodage, nous nous sommes détendus et je ne me suis jamais autant amusé.

Peuleux : C'était le gars du nord contre le gars du sud ?

Maxime Switek : Oui mais comme ma femme est du Pays basque, nous avions des accroches communes.

Peuleux : Il faut toujours travailler avec un(e) basque ? Parce qu'Anne-Sophie Lapix qui anime "C à vous" est basque aussi !

Maxime Switek : Oui c'est vrai ! Ils sont partout !

 

La nouvelle formule de "Europe Midi" a fait l'objet de beaucoup de réflexion

 

A la rentrée 2016, Europe 1 reconduit Maxime Switek à la présentation de "Europe Midi" mais en solo et dans une nouvelle formule. Le journaliste se dit "hyper déçu" du départ de Jean-Michel Apathie et regrette que leur collaboration n'ait duré qu'une saison : "Je pense que nous avions une bonne formule à succès. Il y avait la place pour une tranche d'information sérieuse avec une partie plus détendue ensuite". Le départ de Jean-Michel Apathie acté, Europe 1 ne propose pas immédiatement à Maxime Switek de reprendre la tranche d'information méridienne seul.

Maxime Switek : Nous avons beaucoup réfléchi avec la direction. Il y avait encore beaucoup de mouvements sur la future grille de rentrée, il a d'abord fallu éliminer un certain nombre d'autres possibilités avant de se décider. Mais c'était assez naturel que je reste là et j'en suis très heureux.

Peuleux : Comment la formule de "Europe Midi" a évolué entre les deux saisons en dehors du temps d'antenne qui est passé de 2 heures à 45 minutes ?

Maxime Switek : A partir du moment où la direction avait fait le choix d'une case de 45 minutes, nous savions que nous ne pourrions pas faire la même chose. Nous n'avions plus le temps de mettre en place quelque chose avec une bande. Il fallait faire basique et efficace avec un journal et un débat. Quelque chose de facilement repérable dans la grille, simple à comprendre en termes de formule.

 

Pour préparer "Europe Midi", Maxime Switek arrive à 8h00 en ayant déjà "bien ingurgité la presse et les radios". De 8h00 à 8h45, il poursuit la lecture de la presse et cherche des idées de son côté. A 8h45, une première réunion avec l'équipe du midi permet de prendre les premières décisions comme le thème du débat de 13h00. A 9h15, une conférence de rédaction arrête les sujets qui seront traités dans "Europe Midi". Notre journaliste-présentateur commence à dicter le journal et le rappel des titres vers 10h45 et n'arrête plus jusqu'à midi.

 

Anne Roumanoff adorerait que je chante ! Mais non…

 

Peuleux : Depuis la rentrée, vous vous prêtez chaque jour au jeu du passage de relais avec Anne Roumanoff. Comment est venue l'idée de cette transition ?

Maxime Switek : L'idée venait de la direction d'Europe 1 qui voulait éviter que nous ayons des choses trop cloisonnées et qui a voulu mettre du liant et un peu de bonne humeur. Elle a donc voulu des passages d'antenne systématiques entre les différentes émissions. Ce qui n'était pas toujours le cas avant. Cela fait un moment que je connais Anne, que nous nous croisons à la radio ou à "C à vous". Et comme nous accrochons bien ensemble, ça donne des passages d'antenne assez amusants.

Peuleux : Un journaliste qui vient dans une émission comique pour lancer sa session d'information ce n'est pas un peu étrange ? Ou est-ce l'un des secrets d'Europe 1 : l'information dans la bonne humeur sans porter préjudice au sérieux de la dite information ?

Maxime Switek : Personnellement, je me suis mis des limites. Je sais qu'elle adorerait que je chante mais je ne le fais pas. Ce qui est bien, c'est que cela crée un petit décalage : elle sort d'une tranche de rire tandis que j'arrive avec des informations parfois lourdes, cette transition nous laisse encore quelques secondes de respiration. Ça me fait rire !

Peuleux : Elle vous drague pas mal à l'antenne ! Madame Switek n'est pas jalouse ?

Maxime Switek : Non, elle ne m'en a pas parlé. Mais elle ne m'écoute jamais, elle travaille.

 

Créer un équilibre entre les sujets

 

Peuleux : Chaque jour, en 45 minutes, vous déroulez l'information à la mi-journée. Quel est votre angle d'attaque et la tonalité de cette session d'information ?

Maxime Switek : Evidemment, c'est un exercice d'hyper sérieux qui demande de la rigueur au présentateur que je suis et aux reporters. Mais cela ne sert à rien de se mettre une pression énorme, de se prendre trop au sérieux pour livrer une tranche trop pompeuse et plombante. J'aime bien avoir un ton plus léger et me marrer à la fin de la tranche avec les journalistes qui sont là ou avec Anissa, la meneuse de jeu. Nous avons tout remis à plat en arrivant en septembre pour créer des journaux plus équilibrés entre sujets lourds et sujets du quotidien ou plus légers, entre actualités internationales et actualités nationales, entre Paris et les régions. C'est cela qui fait que ça marche et que j'espère que cela va continuer de marcher. Ce n'est pas évident à faire mais c'est le pied lorsque je sors de studio et que je me dis que nous avons réussi à assurer cet équilibre.

Peuleux : Bien qu'anchorman titulaire d'une session d'information, vous jouez régulièrement les jokers de Thomas Sotto sur la matinale. N'est-ce pas déstabilisant pour les auditeurs ?

Maxime Switek : Il y a deux choses à prendre en compte : nous devons tous prendre des congés (nous ne sommes des robots) et nous ne sommes pas irremplaçables. Il y a plein de gens dans la maison qui peuvent présenter "Europe Midi". Peut-être que les gens perdent leurs habitudes mais nous ne sommes jamais absents longtemps.

Peuleux : Il y a beaucoup de gens capables de présenter "Europe Midi" d'après vous. Mais est-ce qu'il y a beaucoup de gens capables des présenter la matinale d'Europe 1 ?

Maxime Switek : Un peu moins, il faut croire (sourire) ! Ce qui est flatteur pour moi...

 

Maxime Switek est joker sur la matinale d'Europe 1 depuis 5 ans. Il concède que c'est dur de mettre le réveil à 2h00 du matin surtout lorsque c'est une fois dans la semaine, "ça complique le rythme du sommeil". Mais Maxime reconnait aussi que les présentateurs comme lui sont des privilégiés par rapport à leurs collègues reporters qui peuvent être appelés à n'importe quel moment et partir à l'autre bout de la France ou du monde dans la nuit.

Peuleux : Ça ne vous manque pas le terrain ?

Maxime Switek : Ça dépend pourquoi. Pour les dernières élections américaines, ça m'a manqué. Sur des très gros coups, bien sûr que ça donne envie d'y être. Après il y a des sujets qui me mettent moins en appétit.

Peuleux : Si demain matin, la direction d'Europe 1 vous proposait de présenter l'émission de votre choix, sans aucune condition, quel serait votre choix ?

Maxime Switek : Je sais : je garderai le midi et, en plus, j'adorerai faire une émission tard le soir. Un 22h00-minuit avec un énorme bordel, avec plein de gens autour de la table pour parler bouffe, culture et tout ce dont nous aurions envie. Avec des potes de la rédaction, nous rêvons de cela depuis longtemps. Un truc sympa entre nous avec des invités, une émission vivante, pas écrite.

 

Lorsque je demande à Maxime si en 12 ans d'Europe 1, il n'a jamais eu envie d'aller respirer l'air d'une autre rédaction ou s'il a été approché par une autre radio, il répond honnêtement qu'il a été dragué mais sans jamais donner suite car il se sent " très bien à Europe 1".

Maxime Switek : On me fait confiance et à chaque fois, j'ai l'impression de progresser, de faire quelque chose de nouveau.

 

(1) Gérard Courchelle a été journaliste dans les rédactions de Radio France de 1972 à 2014 avec notamment la charge du journal de 8h00 sur France Inter.  


LE 9 A LA SUITE D'HISTOIRE(S) RADIOPHONIQUE(S)

 

Si je devais interviewer une autre personnalité radiophonique, vers qui m'orienteriez-vous ?

(Il réfléchit) J'ai plein de noms en tête… Patrick Cohen pour faire plaisir à la concurrence et ne pas rester centrer sur Europe 1 (sourire).

 

Les voix ou les émissions de radio qui ont marqué votre enfance ?

Le multiplex de football du samedi sur RTL à l'époque où tous les matches de ligue 1 se jouaient le samedi soir. Mes parents étaient très RTL. J'écoutais aussi beaucoup la matinale de RTL.

 

La plus belle rencontre radiophonique ?

Je vais citer deux personnes : d'une part, Gérard Courchelle parce qu'il a vu le potentiel en moi et je lui dois donc une partie de ce qui m'est arrivé et d'autre part, Marc-Olivier Fogiel parce qu'il m'a aidé à progresser quand il était sur Europe 1, qu'il m'a aidé à faire des choix, qu'il m'a aidé quand je me suis planté. Avec Marc-Olivier, nous sommes restés proches.

 

La pire rencontre radiophonique ?

(Il réfléchit) Je ne sais pas !

 

Le plus beau souvenir en radio ?

L'année dernière avec Jean-Michel Aphatie. Tous les jours, nous avions "les découvertes" pendant 15-20 minutes avec Matthieu Noël et plein de gens du service culture. Qu'est-ce qu'on s'est bien marré ! Ce n'est pas un souvenir précis que je raconte là, c'est un ensemble.

Le pire souvenir en radio ?

(Il réfléchit) Je n'ai pas eu de moment horrible. J'ai un souvenir pas bien grave mais très con. C'était au tout début avec Jean-Michel Aphatie, nous n'étions pas encore calés sur les timings et nous arrivons à la fin de ce que nous avions à dire alors qu'il restait 3 minutes d'antenne à tenir. Et là, nous avons ramé sévèrement.

 

Peuleux : Est-ce qu'il y a eu un jour, une information grave que vous avez donnée à l'antenne et que vous avez eu du mal à présenter parce qu'elle vous a touchée ? Je pense à Hélène Zelany prise d'un sanglot au micro en annonçant la mort de Prince par exemple.

Maxime Switek : J'ai un souvenir précis avec la mort d'Emmanuel Maubert. Le jour de son enterrement, j'étais à l'antenne jusqu'à 13h15 et l'enterrement était à 14h00. Ce jour-là à l'antenne, je n'étais pas fier. Il était génial Manu ! D'ailleurs, nous lui avons fait une émission hommage le soir même dans "C à vous", c'était terrible à faire mais je crois que c'est l'une des émissions où j'ai le plus ri en revoyant des archives !

 

Quand vous n'êtes pas à la radio, écoutez-vous la radio ?

Oui, j'écoute la musique. Beaucoup RFM. Le week-end, j'écoute Europe 1 surtout "Europe 1 Music Club" que je trouve géniale comme émission.

 

Quand vous sortez de la radio, que faites-vous ?

Je pars à la télévision !

 

Et dans 5 ans ?

On se retrouve ici dans 5 ans ! Enfin pas loin des nouveaux locaux d'Europe 1 car nous aurons déménagé d'ici là !

 

Remerciements : Un grand merci à Maxime Switek pour son accueil, sa gentillesse, sa franchisse, son naturel et le Coca light. Merci à Helena Morna pour cette mise en relation | Photos : Europe 1

 

 

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dernière mise à jour de cette fiche le 08/05/2017


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