Peuleux | Le monde de Spirou et Fantasio

 ENTRETIEN AVEC... THOMAS ISLE / EUROPE 1 | 15/04/2026

Enfant de la télévision, Thomas Isle est devenu l'une des têtes d'affiche d'Europe 1 depuis la rentrée 2023. Après quelques prestations estivales, il a succédé à Philippe Vandel à la présentation de "Culture Médias" chaque matin. Rencontre avec un animateur venu à la radio tardivement mais passionnément...

 

Au départ, Thomas Isle est plutôt un enfant de la télévision qui rêvait de travailler dans le petit écran en regardant l'émission "Coucou, c'est nous" de Christophe Dechavanne à l'adolescence. Il y arrive puisqu'après ses études, il entre chez Freemantle pour y faire du développement, réfléchir à de nouvelles émissions. Il va d'ailleurs imaginer un concept de dating qui sera vendu dans une trentaine de pays à travers le monde. Il est ensuite recruté par Nagui comme directeur du développement puis comme producteur de "N'oubliez pas les paroles".

Thomas Isle : Tout en travaillant pour Nagui, je passe de l'autre côté de la caméra en faisant mes débuts dans "Médias, le magazine" (France 5) présenté par Thomas Hugues.

Lorsque France 5 lance un appel à projet pour une émission quotidienne le midi, Thomas Isle quitte la société de Nagui, s'associe à Christophe Koszarek pour proposer "La Quotidienne", émission qu'il présentera en direct avec Maya Lauqué de 2013 à 2021. Et alors que l'aventure sur France 5 touche à sa fin, Thomas Isle se dit qu'il doit tenter la radio, une idée qui lui trotte dans la tête depuis un petit moment. Et c'est Europe 1 qui lui donne sa chance.

Thomas Isle : Après un premier été sur Europe 1, j'ai découvert, contrairement à ce que j'imaginais, que c'était un métier assez différent de la télé et presque plus agréable à faire : il y a plus d'improvisation, plus de légèreté et plus souplesse. Et sur une radio privée comme Europe 1, l'animation est aussi un exercice particulier avec différents éléments qui rythment l'antenne les flashes, la publicité… Et c'est assez stimulant de devoir trouver des séquences courtes mais sympa à proposer aux auditeurs. A ce moment-là, la radio est devenue une passion.

 

Peuleux : Aujourd'hui, tu animes "Culture Médias" avec Anissa Haddadi à tes côtés mais en fait, vous vous êtes déjà rencontrés à l'antenne dans la grille d'été.

Thomas Isle : Europe 1 m'a embauché pour présenter "le Club de l'été" pendant les vacances de Philippe Vandel. La première année où j'étais à l'antenne, je devais assurer la présentation de l'émission pendant le mois d'août prenant le relais d'Hélène Mannarino qui devait assurer le mois de juillet. Mais Hélène a eu une autre opportunité et c'est Anissa qui a été choisie pour présenter "le Club" la première partie des vacances. Nadia Milosevic qui s'occupait des programmes a eu l'idée que nous fassions une semaine en commun. Avec Anissa, nous nous sommes tout de suite bien entendus.

Après plusieurs étés du "Club" (avec de bonnes audiences) et après avoir remplacé Philippe Vandel à plusieurs reprises lorsqu'il était malade ou en vacances, Europe 1 lui propose de reprendre "Culture Médias" à la rentrée 2023.

Thomas Isle : Je me souviens qu'Europe 1 m'a proposé de succéder à Philippe Vandel fin juin. J'étais fou de joie.

Peuleux : En plus de reprendre l'émission, tu retrouves Anissa Haddadi qui était meneuse de jeu sur cette tranche.

Thomas Isle : Oui. Et j'avais envie qu'elle prenne plus de place parce que je la trouve très forte à l'antenne, qu'elle apporte beaucoup de bonne humeur. Elle est dans un exercice différent du mien en étant plus en improvisation que moi. Je trouve que la formule marche bien.

 

Peuleux : Dans l'émission, il y a un jeu où il faut retrouver les paroles d'une chanson. Nagui te manque ?

Thomas Isle : J'adore les jeux, j'ai beaucoup travaillé sur des jeux télévisés, j'ai écrit des concepts de jeux. Et c'est marrant que tu poses la question ainsi car j'ai écrit la version duel de "N'oubliez pas les paroles" ! Ce petit jeu que j'ai mis en place met beaucoup d'énergie et de bonne humeur dans l'émission, tout le monde participe autour de la table. Je me suis amusé à créer des jeux pour sortir du fameux blind test. Et j'ai de bons retours des invités qui sortent de leur promotion durant cette séquence.

 

Peuleux : Tu as parfois dans tes invités des personnes qui sont des copains dans la vie. Ce n'est pas compliqué comme ce matin avec Max Boublil ?

Thomas Isle : Anissa a plaisanté en disant que Max était un copain mais c'était une plaisanterie. On ne se voit qu'à la radio lorsqu'il est invité, on ne s'est jamais vus ailleurs ! Mais il y a des gens comme lui, Vincent Dedienne ou Maxime Gasteuil avec qui il se passe quelque chose tout de suite, avec une bonne humeur, avec du chambrage à l'antenne.

Peuleux : Mais tu reçois quand même régulièrement des copains ou du moins des gens que tu connais bien comme Mélanie Page il y a quelques jours. Tu arrives à prendre du recul malgré cette proximité ?

Thomas Isle : Cela m'arrive régulièrement de croiser des gens que je connais un peu mieux que la moyenne des invités, je pense à mes complices de "Tout le monde a son mot à dire" (France 2), émission à laquelle je participe régulièrement. Mais je fais la part des choses. D'un autre côté, ça gagne du temps car on a déjà brisé la glace depuis longtemps. J'essaye de mettre les invités à l'aise rapidement, je les vois avant qu'ils ne rentrent dans le studio, je plaisante un peu avec eux car je sais que certains sont stressés de passer au micro. Ça permet de commencer à briser la glace un peu avant le direct. L'émission est bienveillante, je ne cherche pas à faire le buzz, à les piéger. Je veux qu'ils soient à l'aise pour qu'ils se livrent plus facilement et que leurs propos passionnent les auditeurs.

 

Peuleux : Est-ce qu'il y a des invités qui refusent de venir dans "Culture Médias" à cause de l'image qu'a Europe 1 aujourd'hui ?

Thomas Isle : Probablement mais ils ne me le disent pas ou ils trouvent de bonnes excuses. Je peux le comprendre mais c'est le jeu… On essaye d'avoir les meilleurs invités. Si tu regardes bien, on a une programmation très diverse et je pense que presque tout le monde vient. En revanche, il peut exister un certain snobisme avec des gens préférant une émission meilleure selon eux pour l'image.

 

Peuleux : L'émission a connu plusieurs changements d'horaires. A une époque "Culture Médias" était prise en sandwich par les émissions de Pascal Praud et aujourd'hui elle est entre deux émissions de débats. En prime, tu as succédé à Philippe Vandel, animateur connu et reconnu. Comment as-tu trouvé ta place à l'antenne et dans la grille ?

Thomas Isle : Avec Pascal Praud, nous sommes arrivés en titulaires dans la grille d'Europe 1 en même temps et à l'occasion d'une rentrée qui a été marquée par une très bonne vague d'audiences pour la station, les chiffres ont décollé nettement pour la première fois depuis 3 ans. De mon côté, j'avais de bons retours de la direction et des collègues mais à un moment tu as envie de savoir si les auditeurs sont là ou pas, or la vérité des chiffres aide beaucoup. Cela porte et aide à faire sa place.

Peuleux : Et les changements d'horaires ?

Thomas Isle : Ça ne m'a pas posé de problème. Personnellement cela m'a même permis de déposer ma fille à l'école ! Beaucoup de radios notamment d'information ont allongé leur matinale, la demande des auditeurs a évolué. De mon point de vue, l'horaire actuel est plus porteur pour l'émission. A 10h00, on se dit qu'on a eu sa dose d'information et nous on arrive pour donner une autre proposition entre médias et culture. En télévision, c'est le genre de thématiques qui arrivent à la fin du journal, nous sommes dans le même ordre d'idée.

 

Lors de mon passage à Europe 1, Médiamétrie venait de créditer "Culture Médias" d'une progression de 16 000 auditeurs pour la période janvier-mars 2026.

Thomas Isle : En télévision, on a le bulletin de notes tous les matins vers 9h00 alors qu'en radio c'est tous les 2 ou 3 mois. Chaque jour, nous travaillons donc au feeling sans savoir si un invité a plus attiré d'auditeurs qu'un autre. C'est un rythme particulier qu'il m'a fallu intégrer et apprendre à gérer cette donnée différemment.

 

Peuleux : Info ou légende, le passage d'antenne avec Pascal Praud à 10h00 battrait des records d'audience ?

Thomas Isle : Effectivement, Pascal m'a dit que c'est son pic d'audiences sur CNews. On ne sait pas en radio. Mais c'est amusant d'autant que des gens m'en parlent régulièrement. Il y a même des téléspectateurs de CNews qui pensent que je ne fais que ça tous les jours : 2 ou 3 minutes de dialogue avec Pascal Praud alors que j'annonce des invités (rires). En tout cas, ça met une peu de légèreté dans l'émission de Pascal et j'aime bien ce moment improvisé et naturel.

 

Peuleux : Quand tu reçois un invité, as-tu pris le temps de lire son livre, regarder sa série ou son film ou bien écouter son disque ?

Thomas Isle : Toujours. J'ai vraiment l'angoisse de me faire avoir. Je ne veux pas devenir une de ces séquences culte où on voit un journaliste se mettre en défaut parce qu'il ne sait pas de quoi il parle ! Les invités me disent souvent qu'ils sentent que j'ai lu, regardé ou écouté ce qu'ils ont fait, c'est plus agréable pour eux. Pour moi, c'est du respect et la base du boulot. C'est un élément qui fait qu'ils reviennent d'ailleurs.

 

Peuleux : Est-ce que "culture Médias" n'est pas une émission digne d'être codiffusée à la télévision ?

Thomas Isle : J'y ai souvent pensé. Il faudrait un peu de mise en forme avec un vrai studio télé. Avec toutes les personnalités que nous recevons, il y aurait un vrai intérêt à cela. D'ailleurs, nous sommes très suivis sur le flux vidéo.

 

 

Retrouvez Thomas Isle du lundi au vendredi dans "Culture Médias" de 10h00 à 11h30 sur Europe 1

 

Coulisses : Après avoir assisté à l'émission "Culture Médias" depuis la régie du Studio Coluche, j'ai pu rencontrer l'équipe de l'émission et interviewer Anissa Haddadi. Thomas Isle ne pouvant rester pour des impératifs familiaux, l'interview a été réalisée par téléphone depuis le bureau du service presse en début d'après-midi.

Ceci explique l'absence de photo avec Thomas Isle en conclusion de cet article.

 


LE 9 A LA SUITE D'HISTOIRE(S) RADIOPHONIQUE(S)

Si je devais interviewer une autre personnalité radiophonique, vers qui m'orienterais-tu ?

Une personne vivante ça serait mieux !? Je vais te dire Julien Courbet qui est notre concurrent principal. J'ai travaillé avec lui il y a quelques années et je le trouve très sympa.

 

Les voix ou les émissions de radio qui ont marqué ton enfance ?

Jean-Luc Delarue que j'adorais dans la matinale d'Europe 1. Laurent Ruquier que j'ai écouté sur toutes les radios où il est passé. Bien sûr, Philippe Bouvard dans les "Grosses têtes". Jean-Pierre Elkabbach parce que je suis un fan de politique, c'est bizarre mais je m'y intéresse depuis tout petit.

 

La plus belle rencontre radiophonique ?

C'est trop dur comme question ! J'ai vu tellement de gens sympas et surprenants. Par exemple, Sheila, je ne pensais pas m'entendre aussi bien avec elle. À la télévision, j'étais avec des quidam qui n'ont souvent jamais fait de télé et maintenant je me retrouve avec plein de stars. Je cite souvent Vincent Dedienne que j'adore, Valérie Lemercier, une belle rencontre Anne Le Nen et Muriel Robin. D'instinct, je pense à des humoristes comme Maxime Gasteuil avec qui il se passe quelque chose tout de suite ou Fred Testot que j'aime beaucoup. Côté chanteurs, je m'entends très bien avec Pascal Obispo et Bénabar. Vanessa Paradis, c'était incroyable : on avait exceptionnellement enregistré un soir, elle était marrante, très sympa alors que je l'imaginais réservée. Serge Lama ou Eddy Mitchell très émouvants… 

 

La plus mauvaise rencontre radiophonique ?

Je pense à des gens… Il y a des invités qui ne jouent pas le jeu, donnant l'impression de venir en reculant. Peut-être poussés par leur attaché de presse… Moi, je ne force personne à venir…

 

Le plus beau souvenir en radio ?

A la fin de mon premier été dans "Culture Médias", j'avais Patrick Bruel en invité (on ne connaissait pas toutes les histoires qui sortent actuellement). Il était très généreux jouant tout ce qu'on lui demandait avec sa guitare. Je venais de passer un magnifique été sur Europe 1, je ne savais pas si je reviendrais un jour et on a fini l'émission en larmes en chantant "Place des grands hommes", Patrick disant "et si on se donnait rendez-vous dans un an".

 

Le plus mauvais souvenir en radio ?

Un jour, heureusement c'était enregistré, j'ai eu un invité à qui je parle d'un sujet dont il ne voulait absolument parler. Apparemment, il avait passé le message mais ce n'était pas arrivé jusqu'à moi. Je le lance donc tranquillement sur le sujet et là il se lève, me prend le bras au point de me faire mal et me menace de me "péter la gueule". On est sorti du studio, j'ai essayé de le calmer en m'excusant et en lui expliquant que je ne savais pas. Il restait 10 minutes d'émission, j'étais un peu tremblant et, en régie comme en studio, personne n'osait bouger.

 

Quand tu n'es pas à la radio, écoutes-tu la radio ?

Tout le temps ! Europe 1, le matin, le midi et le soir (rires). En fait, j'écoute beaucoup le matin à la maison et dans la voiture, je zappe continuellement pour écouter la concurrence et la tonalité donnée à l'information par France Inter, France info, RTL ou RMC. Pareil, le soir. Les musicales, c'est obligé quand je suis avec ma fille qui ne supporte pas quand ça parle. Je suis très Europe 2 et RTL2, des formats qui correspondent à ma génération.

 

Quand tu sors de la radio, que fais-tu ?

Soit je travaille à la radio, soit je travaille chez moi. Je lis les livres des prochains invités et je bosse sur l'émission du lendemain. Le fait de travailler la veille pour le lendemain me permet d'avoir un stress positif et d'avoir tout en tête face à l'invité.

 

Et dans 5 ans ?

Si je savais…. Dans 3 mois, je ne sais même pas où je serai. Dans notre boulot c'est une remise en question tous les ans à la fin de la saison. Mais j'espère continuer en radio, peut-être revenir à la télévision.

  

Remerciements : Merci à Thomas Isle pour son accueil, son humour, sa disponibilité malgré ses impératifs familiaux. Merci à Anissa Ghazi et son équipe du service presse pour l'organisation de ce rendez-vous et le prêt du téléphone. Merci à ma maman pour la relecture ! | Photos : Peuleux, Europe 1

 

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dernière mise à jour de cette fiche le 20/05/2026


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