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 ENTRETIEN AVEC... JULIEN PICHENÉ / EUROPE 1 | 15/04/2026

Vous le connaissez peut-être comme le présentateur du "Journal des médias" dans "Culture Médias" mais Julien Pichené est aussi le responsable des podcasts d'Europe 1. Découvrez le parcours de ce journaliste qui aujourd'hui nous fait (re)découvrir les grandes émissions de la station à travers des archives parfois oubliées.

 

En avril 2025, j'ai eu le plaisir de rencontrer Sylvain Denis et de découvrir le formidable travail du service patrimoine sonore d'Europe 1. Durant cette entrevue, mon hôte m'avait conseillé de rencontrer Julien Pichené pour prolonger ma plongée dans les innombrables archives de la station. Un an plus tard, le rendez-vous était pris !

 

DE LA RADIO AU BOUT DE LA RUE À EUROPE 1….

 

L'aventure radiophonique de Julien Pichené débute en novembre 2000 dans une radio associative, Radio Fajet, qui se situe au bout de sa rue à Nancy. Agé d'une quinzaine d'années, Julien a une bonne culture de la radio d'alors, c'est un grand auditeur de radios musicales comme NRJ, Skyrock ou Fun Radio mais aussi de France Inter avec sa maman. Le jeune homme se passionne pour le monde des médias et rêve d'être journaliste.

Julien Pichené : Mais avant d'aller à Paris faire mes études, je me suis dit qu'il fallait faire de la radio. On s'est pointé avec deux potes à Radio Fajet en proposant une émission cinéma. On a commencé 2 semaines plus tard. Cela a été aussi simple. Nous avons proposé une émission de 30 minutes tous les mardis pendant 1 an.

 

Pendant son école de journalisme, Julien Pichené effectue son premier stage à TSF Jazz et Radio Nova avec un rédacteur en chef dont la grande rudesse s'avèrera très formatrice. Le jeune homme aura même l'occasion de présenter les flashes de l'après-midi sur la radio Jazz. Il effectuera son second stage à Radio Campus Paris.

 

Après sa formation, Julien Pichené est embauché par Nostalgie pour présenter les flashes nationaux. A l'époque, la station est très écoutée avec 4 millions d'auditeurs pour 8.1 % d'audience cumulée.

Julien Pichené : J'ai dû faire 15 000 flashes en 8 ans sur différents horaires. Cette expérience a été très formatrice : il fallait aller vite, travailler dans une ambiance bruyante et faire des reportages. Mais au bout de 8 ans, j'ai eu envie de faire autre chose car j'estimais avoir avais fait le tour.

Le journaliste démissionne, passe l'été comme chroniqueur à Radio France et en parallèle rejoint L'Equipe après avoir écrit un livre sur le Tennis. Sur la chaine sportive, il sera présentateur joker des journaux durant 3 ans. Il effectue ensuite le "parcours classique du pigiste" : RMC, BFM, Canal+ entre 2013 et 2018. Une période où il fait peu de radio et cela lui manque énormément.

 

En 2018, il rejoint RFM grâce à des connaissances du temps de Nostalgie. Stéphane Bosc, alors directeur délégué des programmes de RFM mais aussi d'Europe 1 et ancien de Nostalgie, lui propose d'écrire une émission pour la grille d'été d'Europe 1 en 2021.

Julien Pichené : Et cela fait 5 ans que je travaille pour Europe 1 et 2 ans que je suis en CDI.

 

Peuleux : Je vous connais comme chroniqueur dans "Culture Médias" mais en réalité ce n'est pas votre activité principale à Europe 1…

Julien Pichené : Je suis effectivement le responsable des podcasts. Je poursuis le "Journal des médias" dans "Culture Médias" mais en simple présentateur. C'est Mathilde qui écrit mes chroniques. Je n'ai plus le temps de passer 4 à 6 heures sur cette mission et d'assurer une veille de l'actualité médiatique. Mais j'aime ces deux missions car elles sont différentes sans être antinomiques.

 

À EUROPE 1, ON TROUVE DES TRÉSORS DANS LES ARCHIVES

 

L'équipe que gère Julien Pichené se compose de 5 à 6 personnes qui travaillent sur les podcasts natifs notamment ceux sur la base d'archives. Les podcasts de replay sont gérés par le service web.

 

Quels sont les différents types de podcast ?

Les podcasts de replay ou de réécoute sont les enregistrements d'émissions passées à l'antenne que la radio met à disposition de ses auditeurs qui veulent réécouter un programme ou qui n'ont pas pu le suivre lors de sa diffusion sur les ondes.

Les podcasts natifs sont des chroniques ou émissions produites spécifiquement pour une diffusion en podcast. Dans ce cadre, Europe 1 propose des programmes issus des archives qui sont alors remontés avec parfois un habillage sonore créé spécifiquement pour le podcasts comme "les récits extraordinaires de Pierre Bellemare" ou la série "Au cœur du crime". Mais la station propose aussi des programmes spécifiques comme "ton bac de français avec Anissa" ou "Europe 1 Voyage(s)". Parfois certains de ces podcasts sont finalement diffusés sur les ondes.

 

PS : saviez-vous que nos cousins canadiens parlent de baladodiffusion ou balado plutôt que de podcast ?

 

 

Jusqu'en 2024, les équipes d'Europe 1 en place ne voyait pas forcément l'intérêt de mettre en avant les archives sonores dans des podcast n'imaginant pas forcément le potentiel qu'ils avaient entre les mains. Lorsque la direction nomme Julien Pichené responsable des podcasts, il reçoit comme mission de miser sur ce patrimoine sonore.

Julien Pichené : C'est passionnant comme mission : plus on fouille avec l'équipe de Sylvaine Denis, plus on trouve des trésors ! Hélas, il n'est pas possible de tout exploiter…

En effet, la station se voit parfois confrontée à des problèmes de droits pour la diffusion de certaines émissions. Si Europe 1 a trouvé un accord avec la famille de Pierre Bellemare, ce n'a pas été le cas avec l'ayant droit d'Alain Decaux condamnant ses formidables récits à rester sur les étagères des rayonnages au sous-sol. Et puis parfois, la raison qui empêche la diffusion de certaines émissions, c'est qu'elles traitent de l'actualité du moment et ne se révèlent pas adaptées à une reprise brute en podcast. Seuls des extraits pourront éventuellement servir à l'antenne ou dans le cadre d'une émission spécifique comme celle proposée à l'occasion des 70 ans d'Europe 1.

  

Peuleux : Comment choisissez-vous les archives que vous allez remonter à la surface ?

Julien Pichené : Je regarde les vieilles grilles des programmes d'Europe 1. C'est riche, je ne sais pas si l'on peut dire qu'Europe 1 a tout inventé mais la station a mis en place tellement de concepts qu'il y a de quoi faire. Et puis, Europe n°1 avait une grande tradition du feuilleton radiophonique au début des années 1960. Je ne peux pas tout citer mais il y a "Signé Furax", "le Siffleur", "Attention danger" ou "Ivanhoé". Des programmes bien produits avec de grands acteurs comme Roger Hanin, Roger Carrel ou Claude Piéplu. Des programmes de bonne qualité qui marchent encore aujourd'hui. Et puis, il y a les interviewes d'artistes car toutes celles et tous ceux qui ont compté entre 1955 et 2025 sont passés par le micro d'Europe 1. Et nous en avons énormément dans notre catalogue !

 

LES ARCHIVES SONT UNE VRAIE MINE D'OR POUR LES PODCASTS

 

Peuleux : Je sais que Pierre Bonte milite depuis longtemps auprès d'Europe 1 pour que l'émission "Bonjour Monsieur le Maire" soit sortie des archives. Qu'en est-il ?

Julien Pichené : A l'occasion des élections municipales, nous en avons publié un grand nombre dans le cadre de la série "Au cœur de la France". C'est intéressant car cela évoque une France qui n'existe plus, avec des accents régionaux moins présents aujourd'hui. Tous les maires interrogés doivent être morts, mais si l'on dépasse le coté désuet, ces émissions ont une vraie valeur culturelle, sociologique, patrimoniale qui s'amplifie avec le temps.

 

Peuleux : Et les émissions de Coluche qui reste un artiste très populaire dans le cœur des Français, il y a plein de bandes de ces émissions au sous-sol !

Julien Pichené : Nous ne lui avons pas consacré un flux dédié mais nous proposons de nombreux extraits dans la série "Au cœur des archives". La direction n'a pas encore donné son feu vert mais si je pouvais sortir les 300 émissions de Coluche, je le ferais !

 

Peuleux : Je pense aussi aux grands concerts organisés par Europe 1 comme les "Podiums" ou les "Musicorama", pourquoi ne pas les ressortir ? Musicalement il doit y avoir des pépites…

Julien Pichené : C'est vrai que nous avons de vrais trésors entre les mains. Je suis prêt à me battre à mains nues pour les sortir mais il y a, là aussi, ces problèmes de droit par rapport aux ayants-droits des artistes, par rapport aux maisons de disque. Pour l'instant, nous pouvons juste passer quelques extraits. Il y a 1500 "Musicorama" dont je suis persuadé qu'ils cartonneraient en podcasts. C'est un patrimoine musical considérable qui reste dans nos étagères.

 

Dans les grands projets, Julien Pichené évoque une série de podcast autour de la période des Yéyés et de "Salut les Copains". La station souhaite aborder cette période sous un angle différent de ce qui s'est fait jusqu'alors en balayant de 1959 à 1968 (années de diffusion de "SLC") avec un gros focus sur le concert de la Nation en 1963 qui a eu une importance sociétale en France. L'objectif est de montrer que "SLC" a été plus loin que l'émission de radio. Des personnes qui ont vécu cette période témoigneront dans un programme qui sera incarné par Karen Cheryl / Isabelle Morizet.

A l'occasion des 40 ans de la mort de Coluche, Europe 1 proposera aussi un podcast avec notamment des archives peu ou pas rediffusées depuis longtemps comme la soirée du 19 juin où toutes les vedettes qui venaient d'apprendre la mort de Coluche réagissaient au micro d'Europe 1.

Julien Pichené : Imaginez Miou-Miou qui a appris la nouvelle 5 minutes plus tôt ou Guy Bedos qui vient d'entendre la nouvelle dans sa voiture, des moments ultra émouvants

 

Julien Pichené : Nous travaillons aussi autour de Céline Dion mais en nous basant cette fois-ci plus sur les archives de RFM que nous avons localisées et identifiées.

 

Peuleux : Quelle est l'émission que vous rêvez de déterrer ?

Julien Pichené : En fait, je vais le faire à la rentrée avec sans doute le jeu le plus dingue et le plus ambitieux de l'histoire de la Radio : "le Tour du monde en 98 jours" qui préfigure à lui seul tous les jeux télévisés comme "Koh-Lanta", "Pékin express" ou "la Carte aux trésors". Imaginez à la fin des années 1950, Europe 1 reçoit 5000 candidatures et retient sept candidats pour faire le tour du monde. Ils doivent recueillir le plus de tampons de visa possibles sur leur passeport, passer tous les méridiens, envoyer un reportage depuis chaque ville où ils s'arrêtent. Si reportage était validé par le jury à Paris, le candidat recevait un mandat pour poursuivre son tour du monde. Ils ont vécu des péripéties extraordinaires : virus, hospitalisation, guerre civile, blessure, enlèvement… La sécurité était zéro à l'époque, c'était de l'improvisation totale, "Pékin express" sans internet, sans GPS et en plus violent finalement ! L'émission hebdomadaire diffusée le vendredi soir réunissait en moyenne 8 millions d'auditeurs, époque où la télévision ne touchait que 10% des Français certes.

 

 

Retrouvez Julien Pichené dans le "Journal des médias" du lundi au vendredi dans "Culture Médias" à 10h03 sur Europe 1

 


LE 9 A LA SUITE D'HISTOIRE(S) RADIOPHONIQUE(S)

Si je devais interviewer une autre personnalité radiophonique, vers qui m'orienterais-tu ?

J'aurais envie de partir sur des gens qui ont marqué la radio a ses débuts : Daniel Filipacchi.

 

Les voix ou les émissions de radio qui ont marqué ton enfance ?

Les radios musicales de NRJ à Skyrock de l'époque. Des Malher, Eric Jean-Jean ou Bruno Roblès… Philippe Bouvard dans la voiture avec les parents ou grands-parents.

 

La plus belle rencontre radiophonique ?

Michel Drucker, un monument des médias.

 

La plus mauvaise rencontre radiophonique ?

Des invités désagréables… comme Thierry Lhermite à Nostalgie. Une grosse désillusion…

 

Le plus beau souvenir en radio ?

Quand je faisais les commentaires sur Radio Roland-Garros pour la FFT, il y a eu un match avec la française Virginie Razzano face à Serena Williams. Un match qui ne m'aurait pas forcément fait vibrer chez moi dans le canapé mais là d'être à Roland-Garros devant un micro à commenter avec une ancienne joueuse de tennis, c'était une autre dimension.

 

Le plus mauvais souvenir en radio ?

En début de carrière j'avais souvent des fous-rires difficiles à contrôler à l'antenne. Et lors de l'un de mes premiers flashes à Nostalgie, à cause d'un collègue qui me taquine juste avant la prise d'antenne, je me retrouve à rigoler alors que j'avais à annoncer de nombreux morts en Irak. Or, ma famille m'a entendu, ma mère a été très déçue de ce manque de sérieux…

 

Quand tu n'es pas à la radio, écoutes-tu la radio ?

J'écoute beaucoup Europe 1.

 

Quand tu sors de la radio, que fais-tu ?

Je prends le métro ! (rires) Et un peu d'échange via WhatsApp sur les groupes pour le boulot. Et la vie…

 

Et dans 5 ans ?

Toujours à Europe 1. Au podcast ou ailleurs…? Je ne reste jamais très longtemps au même poste, j'aurai peut-être envie de faire autre chose. Peut-être une émission, sans politique même si on sera proche de la présidentielle de 2032. Mais toujours à Europe 1 !

 

Remerciements : Merci à Anissa Ghazi et ses équipes d'avoir organiser ce rendez-vous et pour le prêt du bureau. Merci à Julien Pichené pour son temps, le partage de sa passion des archives. Merci à ma maman pour la relecture | Photos : Peuleux, Julien Pichené

 

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dernière mise à jour de cette fiche le 21/05/2026


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