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Vous le connaissez peut-être comme le présentateur du
"Journal des médias" dans "Culture Médias" mais Julien Pichené
est aussi le responsable des podcasts d'Europe 1. Découvrez le
parcours de ce journaliste qui aujourd'hui nous fait
(re)découvrir les grandes émissions de la station à travers des
archives parfois oubliées.
En avril 2025, j'ai eu le plaisir de rencontrer Sylvain Denis et
de découvrir le formidable travail du service patrimoine sonore
d'Europe 1. Durant cette entrevue, mon hôte m'avait conseillé de
rencontrer Julien Pichené pour prolonger ma plongée dans les
innombrables archives de la station. Un an plus tard, le
rendez-vous était pris !
DE LA RADIO
AU BOUT DE LA RUE À EUROPE 1….
L'aventure radiophonique de Julien Pichené débute en novembre
2000 dans une radio associative, Radio Fajet, qui se situe au
bout de sa rue à Nancy. Agé d'une quinzaine d'années, Julien a
une bonne culture de la radio d'alors, c'est un grand auditeur
de radios musicales comme NRJ, Skyrock ou Fun Radio mais aussi
de France Inter avec sa maman. Le jeune homme se passionne pour
le monde des médias et rêve d'être journaliste.
Julien Pichené : Mais avant d'aller à Paris faire mes études, je
me suis dit qu'il fallait faire de la radio. On s'est pointé
avec deux potes à Radio Fajet en proposant une émission cinéma.
On a commencé 2 semaines plus tard. Cela a été aussi simple.
Nous avons proposé une émission de 30 minutes tous les mardis
pendant 1 an.
Pendant son école de journalisme, Julien Pichené effectue son
premier stage à TSF Jazz et Radio Nova avec un rédacteur en chef
dont la grande rudesse s'avèrera très formatrice. Le jeune homme
aura même l'occasion de présenter les flashes de l'après-midi
sur la radio Jazz. Il effectuera son second stage à Radio Campus
Paris.
Après
sa formation, Julien Pichené est embauché par Nostalgie pour
présenter les flashes nationaux. A l'époque, la station est très
écoutée avec 4 millions d'auditeurs pour 8.1 % d'audience
cumulée.
Julien Pichené : J'ai dû faire 15 000 flashes en 8 ans sur
différents horaires. Cette expérience a été très formatrice : il
fallait aller vite, travailler dans une ambiance bruyante et
faire des reportages. Mais au bout de 8 ans, j'ai eu envie de
faire autre chose car j'estimais avoir avais fait le tour.
Le journaliste démissionne, passe l'été comme chroniqueur à
Radio France et en parallèle rejoint L'Equipe après avoir écrit
un livre sur le Tennis. Sur la chaine sportive, il sera
présentateur joker des journaux durant 3 ans. Il effectue
ensuite le "parcours classique du pigiste" : RMC, BFM, Canal+
entre 2013 et 2018. Une période où il fait peu de radio et cela
lui manque énormément.
En 2018, il rejoint RFM grâce à des connaissances du temps de
Nostalgie. Stéphane Bosc, alors directeur délégué des programmes de RFM mais
aussi d'Europe 1 et ancien de Nostalgie, lui propose d'écrire
une émission pour la grille d'été d'Europe 1 en 2021.
Julien Pichené : Et cela fait 5 ans que je travaille pour Europe
1 et 2 ans que je suis en CDI.
Peuleux : Je vous connais comme chroniqueur dans "Culture
Médias" mais en réalité ce n'est pas votre activité principale à
Europe 1…
Julien Pichené : Je suis effectivement le responsable des
podcasts. Je poursuis le "Journal des médias" dans "Culture
Médias" mais en simple présentateur. C'est Mathilde qui écrit
mes chroniques. Je n'ai plus le temps de passer 4 à 6 heures sur
cette mission et d'assurer une veille de l'actualité médiatique.
Mais j'aime ces deux missions car elles sont différentes sans
être antinomiques.
À EUROPE 1,
ON TROUVE DES TRÉSORS DANS LES ARCHIVES
L'équipe que gère Julien Pichené se compose de 5 à 6 personnes
qui travaillent sur les podcasts natifs notamment ceux sur la
base d'archives. Les podcasts de replay sont gérés par le
service web.
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Quels sont les différents types de podcast ?
Les podcasts de replay
ou de réécoute sont les enregistrements
d'émissions passées à l'antenne que la radio met à
disposition de ses auditeurs qui veulent réécouter un
programme ou qui n'ont pas pu le suivre lors de sa
diffusion sur les ondes.
Les podcasts natifs
sont des chroniques ou émissions produites
spécifiquement pour une diffusion en podcast. Dans ce
cadre, Europe 1 propose des programmes issus des
archives qui sont alors remontés avec parfois un
habillage sonore créé spécifiquement pour le podcasts
comme "les récits extraordinaires de Pierre Bellemare"
ou la série "Au cœur du crime". Mais la station propose
aussi des programmes spécifiques comme "ton bac de
français avec Anissa" ou "Europe 1 Voyage(s)". Parfois
certains de ces podcasts sont finalement diffusés sur
les ondes.
PS : saviez-vous que nos
cousins canadiens parlent de baladodiffusion
ou balado plutôt que de podcast ?
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Jusqu'en 2024, les équipes d'Europe 1 en place ne voyait pas
forcément l'intérêt de mettre en avant les archives sonores dans
des podcast n'imaginant pas forcément le potentiel qu'ils
avaient entre les mains. Lorsque la direction nomme Julien
Pichené responsable des podcasts, il reçoit comme mission de
miser sur ce patrimoine sonore.
Julien Pichené : C'est passionnant comme mission : plus on
fouille avec l'équipe de Sylvaine Denis, plus on trouve des
trésors ! Hélas, il n'est pas possible de tout exploiter…
En effet, la station se voit parfois confrontée à des problèmes
de droits pour la diffusion de certaines émissions. Si Europe 1
a trouvé un accord avec la famille de Pierre Bellemare, ce n'a
pas été le cas avec l'ayant droit d'Alain Decaux condamnant ses
formidables récits à rester sur les étagères des rayonnages au
sous-sol. Et puis parfois, la raison qui empêche la diffusion de
certaines émissions, c'est qu'elles traitent de l'actualité du
moment et ne se révèlent pas adaptées à une reprise brute en
podcast. Seuls des extraits pourront éventuellement servir à
l'antenne ou dans le cadre d'une émission spécifique comme celle
proposée à l'occasion des 70 ans d'Europe 1.
Peuleux : Comment choisissez-vous les archives que vous allez
remonter à la surface ?
Julien Pichené : Je regarde les vieilles grilles des programmes
d'Europe 1. C'est riche, je ne sais pas si l'on peut dire
qu'Europe 1 a tout inventé mais la station a mis en place
tellement de concepts qu'il y a de quoi faire. Et puis, Europe
n°1 avait une grande tradition du feuilleton radiophonique au
début des années 1960. Je ne peux pas tout citer mais il y a
"Signé Furax", "le Siffleur", "Attention danger" ou "Ivanhoé".
Des programmes bien produits avec de grands acteurs comme Roger
Hanin, Roger Carrel ou Claude Piéplu. Des programmes de bonne
qualité qui marchent encore aujourd'hui. Et puis, il y a les
interviewes d'artistes car toutes celles et tous ceux qui ont
compté entre 1955 et 2025 sont passés par le micro d'Europe 1.
Et nous en avons énormément dans notre catalogue !
LES ARCHIVES SONT UNE VRAIE MINE D'OR
POUR LES PODCASTS
Peuleux : Je sais que Pierre Bonte milite depuis longtemps
auprès d'Europe 1 pour que l'émission "Bonjour Monsieur le
Maire" soit sortie des archives. Qu'en est-il ?
Julien
Pichené : A l'occasion des élections municipales, nous en avons
publié un grand nombre dans le cadre de la série "Au cœur de la
France". C'est intéressant car cela évoque une France qui
n'existe plus, avec des accents régionaux moins présents
aujourd'hui. Tous les maires interrogés doivent être morts, mais
si l'on dépasse le coté désuet, ces émissions ont une vraie
valeur culturelle, sociologique, patrimoniale qui s'amplifie
avec le temps.
Peuleux : Et les émissions de Coluche qui reste un artiste très
populaire dans le cœur des Français, il y a plein de bandes de
ces émissions au sous-sol !
Julien Pichené : Nous ne lui avons pas consacré un flux dédié
mais nous proposons de nombreux extraits dans la série "Au cœur
des archives". La direction n'a pas encore donné son feu vert
mais si je pouvais sortir les 300 émissions de Coluche, je le
ferais !
Peuleux : Je pense aussi aux grands concerts organisés par
Europe 1 comme les "Podiums" ou les "Musicorama", pourquoi ne
pas les ressortir ? Musicalement il doit y avoir des pépites…
Julien Pichené : C'est vrai que nous avons de vrais trésors
entre les mains. Je suis prêt à me battre à mains nues pour les
sortir mais il y a, là aussi, ces problèmes de droit par rapport
aux ayants-droits des artistes, par rapport aux maisons de
disque. Pour l'instant, nous pouvons juste passer quelques
extraits. Il y a 1500 "Musicorama" dont je suis persuadé qu'ils
cartonneraient en podcasts. C'est un patrimoine musical
considérable qui reste dans nos étagères.
Dans les grands projets, Julien Pichené évoque une série de
podcast autour de la période des Yéyés et de "Salut les
Copains". La station souhaite aborder cette période sous un
angle différent de ce qui s'est fait jusqu'alors en balayant de
1959 à 1968 (années de diffusion de "SLC") avec un gros focus
sur le concert de la Nation en 1963 qui a eu une importance
sociétale en France. L'objectif est de montrer que "SLC" a été
plus loin que l'émission de radio. Des personnes qui ont vécu
cette période témoigneront dans un programme qui sera incarné
par Karen Cheryl / Isabelle Morizet.
A
l'occasion des 40 ans de la mort de Coluche, Europe 1 proposera
aussi un podcast avec notamment des archives peu ou pas
rediffusées depuis longtemps comme la soirée du 19 juin où
toutes les vedettes qui venaient d'apprendre la mort de Coluche
réagissaient au micro d'Europe 1.
Julien Pichené : Imaginez Miou-Miou qui a appris la nouvelle 5
minutes plus tôt ou Guy Bedos qui vient d'entendre la nouvelle
dans sa voiture, des moments ultra émouvants
Julien Pichené : Nous travaillons aussi autour de Céline Dion
mais en nous basant cette fois-ci plus sur les archives de RFM
que nous avons localisées et identifiées.
Peuleux : Quelle est l'émission que vous rêvez de déterrer ?
Julien Pichené : En fait, je vais le faire à la rentrée avec
sans doute le jeu le plus dingue et le plus ambitieux de
l'histoire de la Radio : "le Tour du monde en 98 jours" qui
préfigure à lui seul tous les jeux télévisés comme "Koh-Lanta",
"Pékin express" ou "la Carte aux trésors". Imaginez à la fin des
années 1950, Europe 1 reçoit 5000 candidatures et retient sept
candidats pour faire le tour du monde. Ils doivent recueillir le
plus de tampons de visa possibles sur leur passeport, passer
tous les méridiens, envoyer un reportage depuis chaque ville où
ils s'arrêtent. Si reportage était validé par le jury à Paris,
le candidat recevait un mandat pour poursuivre son tour du
monde. Ils ont vécu des péripéties extraordinaires : virus,
hospitalisation, guerre civile, blessure, enlèvement… La
sécurité était zéro à l'époque, c'était de l'improvisation
totale, "Pékin express" sans internet, sans GPS et en plus
violent finalement ! L'émission hebdomadaire diffusée le
vendredi soir réunissait en moyenne 8 millions d'auditeurs,
époque où la télévision ne touchait que 10% des Français certes.
Retrouvez Julien Pichené dans le
"Journal des médias" du lundi
au vendredi dans "Culture Médias" à 10h03 sur Europe 1

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