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De toutes les radios
françaises, Europe 1 est la seule à mettre autant en avant ses
archives sonores que cela soit à travers des chroniques à
l'antenne ou des podcasts. Et alors que la station fête ses 70
ans d'existence, Europe 1 multiplie les opérations mettant en
valeur ce patrimoine. Je vous emmène dans les coulisses d'un
service pas comme les autres…
C'est
dans un grand bureau avec vue sur la Seine au 3ème
étage de l'immeuble qui abrite Europe 1 que se trouve le Service
Patrimoine sonore de la station. L'équipe de trois personnes est
dirigée par Sylvaine Denis arrivée dans la maison au début des
années 1990. A ses côtés se trouvent Laetitia Casanova et
Antoine Reclus. Si Sylvaine Denis et Laetitia Casanova ont des
profils de documentalistes, Antoine Reclus a rejoint l'équipe
plus récemment après un master patrimoine audiovisuel de l'INA.
Les missions du service ont évolué avec le temps selon la
stratégie de l'antenne et les technologies disponibles. Ainsi,
du temps de Jérôme Bellay (président d'Europe 1 de 1996 à 2005)
qui avait mis en place une grille des programmes très tournée
vers l'information, le patrimoine sonore n'était pas mis en
avant si ce n'est pour éclairer l'actualité. Mais aujourd'hui,
Europe 1 a une vraie logique patrimoniale car la direction a
pris conscience que ce patrimoine sonore était l'histoire de la
marque et qu'il était une valeur à protéger. Cela explique qu'en
2010, le service des archives soit devenue le service du
patrimoine sonore.
Sylvaine Denis : Actuellement, il y a une certaine envolée
autour de nos archives sonores avec les 70 ans d'Europe 1. Et
ces contenus sont voués à rester accessibles au-delà de cet
anniversaire. Des contenus que nous pouvons mettre en avant sans
nous préoccuper d'un quelconque lien avec l'actualité comme pour
"les Récits extraordinaires de
Pierre Bellemare". Internet nous offre une
possibilité unique de mettre notre patrimoine à disposition du
public.
Le service a cinq missions principales :
·
Fournir des dossiers documentaires aux
journalistes et animateurs ;
·
Répondre aux demandes d'archives
sonores de l'antenne ;
·
Répertorier et indexer les documents
sonores, ceux d'hier qui ne sont pas inventoriés comme ceux
d'aujourd'hui qu'il faut archiver ;
·
Numériser les documents sur supports
analogiques ;
·
Sélectionner et archiver les documents
sur support numérique.
Evacuons toute de suite la question des dossiers documentaires
car cette mission est désormais plus limitée qu'avant avec
l'utilisation d'Internet. Il
s'agit de préparer des dossiers papier (ou informatique
désormais) pour les journalistes de la rédaction qui travaillent
sur un reportage ou pour certains animateurs qui travaillent sur
des interviewes dans la longueur ou une émission. Aujourd'hui,
Sylvaine Denis et ses collègues travaillent encore pour Stéphane
Ber, Julia Vignali, Christophe Hondelatte ou
Isabelle Morizet pour son émission "Il n'y a qu'une vie dans la
vie".
Pour les autres missions listées ci-dessus, vous allez voir
qu'elles sont liées entre elles à travers deux tâches
principales (pour ne pas dire essentielles) que mène le trio :
indexer (ou répertorier) et numériser. Mais tout d'abord, il
faut vous donner quelques chiffres en guise de repères pour bien
comprendre l'ampleur du travail accompli et restant à accomplir
:

En 1998, les studios d'Europe 1 sont passés au tout numérique,
les documents sonores arrivent donc dans le service dans le
format de conservation. Entre ces documents directement réalisés
en format numérique et les documents analogiques numérisés, la
station dispose de 200 000 fichiers archivés dans sa base avec
260 000 notices documentaires. Ce qui signifie qu'environ 40%
des archives sonores d'Europe 1 sont accessibles en numérique.
Sylvaine Denis : C'est un travail de fourmis. Et il reste encore
beaucoup de documents non numérisés et certains non indexés donc
plus difficile à retrouver. Par exemple, "Bonjour Monsieur le
Maire" de Pierre Bonte nous en avons des travées complètes parce
que le réalisateur avait compris qu'il y avait un intérêt à les
sauvegarder mais ces chroniques ne sont pas indexées pour
l'heure.
Archiver, c'est bien.
Indexer c'est mieux.
Pour bien retrouver des documents archivés, il faut les indexer
avec soin. Ainsi pour les archives sonores, l'indexation
consiste à accompagner chaque document d'une notice indiquant le
nom de l'émission, sa date de diffusion, les thématiques
abordés, les noms des participants (journalistes, animateurs,
chroniqueurs, invités).
Lorsque Sylvaine Denis est arrivée au début des années 1990,
elle a eu pour mission d'informatiser l'indexation des
documents. Avant, cela se faisait sur des cahiers
chronologiques. Sylvaine Denis me montre avec émotion, le
premier cahier ouvert à Europe 1 le 21 janvier 1955. Ces
répertoires sont une base de travail qu'il faut compléter lors
de la saisie informatique pour remettre en contexte car ils ne
sont pas toujours précis.
Sylvaine Denis : Je lis que le 10 mars 1955, il y a eu une
interview de Sydney Bechet. Mais pourquoi ? Et c'est là que
Google nous facilitera probablement la vie dans nos petites
enquêtes historiques pour savoir s'il venait promouvoir un
disque ou s'il était à Paris pour un concert.
Dans l'armoire, je constate que l'indexation des archives a
évolué dans le temps : des cahiers des années 1950 qui me font
penser à ceux que devaient avoir mes parents à l'école, nous
passons à des registres dans les années 1970, des registres où
l'indexation est plus détaillée. Et en 1991, dernière année
avant l'informatisation de l'index, les détails donnés font
qu'il y a désormais deux pages écrites par jour. En voyant la
liste des documents référencés à une date précise, j'ai
l'impression de lire le résumé de l'actualité du jour dans le
monde !

En parallèle de ces registres, un fichier thématique a été mis
en place dans les années 1960. Il s'agit de fiches – un peu
comme dans les bibliothèques de mon enfance - qui donnent une
entrée sur les archives via des thématiques : aérospatiale,
EuroDisney, littérature, danse, vacances… Mon hôte m'explique
qu'un Thésaurus a aussi été mis en place à l'époque.
Sylvaine Denis : Un thésaurus est un dictionnaire hiérarchisé
des mots. Le terme catastrophe naturelle va conduire vers des
mots plus précis comme tsunami, volcan, tempête… Et inversement,
d'un mot spécifique le thésaurus va mener vers des concepts plus
larges. Cela permet de réduire le bruit (trop de réponses à une
recherche) ou réduire le silence (pas assez de réponse).
Tout ne peut pas être
archiver, il faut sélectionner…
Peuleux : Comment choisissez-vous les documents qui vont être
archivés numériquement ?
Sylvaine Denis : Nous faisons une sélection dans nos archives
qui a forcément une part d'arbitraire et lorsque nous faisons un
choix cela signifie que nous renonçons à autre chose. Nous avons
des critères historiques. Par exemple, il y a des évidences
comme les élections présidentielles aux Etats-Unis, des
interviewes de personnalités, un évènement historique comme les
premiers pas de l'Homme sur la Lune ou une guerre. En revanche,
nous ne gardons pas tous les reportages et interventions à
l'antenne des journalistes et animateurs. Par exemple, des
documents sur l'inflation en 1960, nous en garderons seulement
un ou deux pour avoir une trace de la tendance et de la manière
dont c'était évoqué à l'antenne.
Il faut préciser que les bandes analogiques dont la décision a
été prise de ne pas les numériser ne sont pas jetées à la
poubelle. Elles seront juste conservées sur leur support
originel.
Et pour les émissions produites aujourd'hui, si elles sont
disponibles en replay sur le site de la station, toutes ne
seront pas archivées et les mêmes critères de sélections sont
utilisés. Toutefois, Europe 1 garde désormais toutes les
premières émissions à chaque rentrée pour conserver une trace de
la couleur d'antenne.
Sylvaine Denis : Notre problème aujourd'hui c'est qu'un certain
nombre d'émissions n'ont pas été conservées à l'époque. Je
prends toujours l'exemple de "Salut les copains" qui, pour nos
prédécesseurs, n'était qu'une émission musicale où l'on
diffusait essentiellement des disques disponibles dans le
commerce. Du coup, nous avons peu d'émissions dans nos archives
alors que l'émission qui recevait aussi les stars de la chansons
d'alors est devenue culte pour toute une génération.
Au sous-sol se cache des
trésors historiques…
A ce stade de mon article, je pense qu'il est temps de vous
emmener dans le local archives d'Europe 1 au sous-sol du
bâtiment. La porte est à l'angle droit de la pièce. Toute de
suite à votre gauche, le long du mur du couloir, un immense
meuble blanc d'une dizaine de centimètres de large se dresse sur
une longueur de 3 ou 4 mètres. Ses étagères sont remplies de
cassettes comme celles que nous avions dans nos Walkman (photo
de gauche ci-dessous).
Sylvaine Denis : Ce sont essentiellement des reportages. Ils
sont bien rangés, c'est facile de s'y retrouver : ils sont
classés par ordre chronologique à raisons d'une ou deux journées
par bande. A ce niveau, les recherches sont simplissimes.
Les cassettes sont apparues dans les années 1970 et, pour
les non-initiés, elles semblent plus pratiques car "ça prend
moins de place à ranger". Mais la qualité des bandes s'avère
moins bonne dans le temps qu'avec les bobines magnétiques.
Sylvaine Denis : Ce sont beaucoup de reportages et
d'information. Il nous reste quand même quelques simultanés
[NDLR : des enregistrements de l'intégralité du journal ou de la
tranche d'information] avec Jacques Paoli ou André Arnaud. Assez
précieux car ça donne la couleur de l'antenne à l'époque.

De l'autre côté de la mince allée, se trouve toute une série de
rayonnages mobiles remplis de bobines rangées dans des boites en
fer pour les plus anciennes (jusqu'en 1962 environ) ou dans des
étuis en cartons pour la majorité (voir photos du centre et à
droite ci-dessus).
Dans les rayonnages, je découvre
·
Les bobines de "Découvertes", le magazine présenté par Jean-Pierre Elkabbach
de 1982 à 1987, il y a une travée entière !
·
Les bobines des 2 saisons de
l'émission de Coluche.
Peuleux : On entend toujours le même extrait de Coluche,
lorsqu'il lance l'idée des Restaurants du Cœur. Ça ne serait pas
intéressant de ressortir d'autres émissions ?
Sylvaine Denis : Contrairement à ce que beaucoup de gens
croient, ces émissions n'étaient pas un succession de sketches
ou d'histoires drôles mais étaient très tournées vers
l'actualité ce qui les rend moins intéressantes à écouter
aujourd'hui hors contexte.
·
Les bobines de "Bonjour Monsieur le Maire" de Pierre Bonte. Il y en a
tellement que je n'arrive pas à compter le nombre d'étagères !
Sylvaine Denis : J'aimerais beaucoup me lancer dans
l'exploration des "Bonjour Monsieur le Maire" mais pour
l'instant ce n'est pas dans les projets de la Direction.
Pourtant, c'est une certaine image de la France de l'époque et
nous sommes sollicités par des linguistes qui étudient des
patois anciens que Pierre Bonte avait mis en valeur dans ces
chroniques.
·
Les récits de Pierre Bellemare, il y a
de quoi produire des podcasts pendant encore des années et des
années avec les différentes émissions où il nous racontait des
histoires policières.
·
Au détour, d'un rayonnage je tombe sur
les émissions de Jean Roucas et il me revient alors en mémoire
la version captée pour la télévision que regardaient mes
parents. Des émissions difficilement exploitables aujourd'hui
tellement elles étaient centrées sur l'actualité politique
d'alors.
·
Les enregistrements de "Musicorama"
avec des noms mythiques notés sur les tranches : Jacques Brel,
Mouloudji, Annie Cordy, Cat Steven Lou Red, Pierre Perret, Joe
Dassin, Johnny Hallyday, Michel Polnareff, Steve Wonder avec le
premier concert de le Motown à Paris. Sylvaine Denis me signale
qu'il y a aussi quelques "Podium
Europe 1" mais peu d'émissions ont été conservées.
Dans la dernière travée située face à la porte, se trouve un
fonds photographique et un fond vidéo. J'y trouve des vidéos
notées "Club de la presse",
il faut dire que l'émission politique d'Europe 1 lancée en 1976
était filmée.
Peuleux : Comment s'est passé le déménagement des locaux
historiques de la rue François Ier à cet immeuble contemporain
sur des Cévennes ?
Sylvaine Denis : Ce fut un énorme de travail ! Nous avons été
aidé par une très bonne entreprise spécialisée dans le
déménagement d'archives qui a bien mené l'opération. En amont,
il a fallu l'organiser en créant un cheminement dans le retrait
et la réinstallation des documents pour aider le prestataire. Le
directeur des services généraux d'alors nous avait été d'une
grande aide. Nous avons mené ce chantier tout en faisant notre
travail quotidien mais cela nous a mobilisé pendant 4 bons mois.
Il faut savoir que rue François Ier,
les archives étaient réparties dans quatre caves à vin alors
qu'aujourd'hui elles sont abritées dans un seul local bien sec.
La numérisation, un travail
de patience
Pour numériser les archives sonores sur bande, le service
dispose de trois lecteurs de bande Studer (un par personne), des
lecteurs d'époque pour lesquels Europe 1 a dû trouver un
prestataire capable d'en assurer la maintenance et qui trouve
encore des pièces de rechange.
Le jour de ma visite, Laetitia Casanova numérise "Histoire de
star"; une émission de Jean-Claude Brialy consacrée à Louis de
Funès. La bande magnétique défile entre deux bobines sur le
vieux lecteur à une vitesse de lecture normale. L'appareil est
relié à un ordinateur qui enregistre en simultanée et en direct
dans un format numérique. Bien qu'elles ne soient pas ingénieurs
du son, Sylvaine et Laetitia ont appris à faire quelques
réglages dans le logiciel pour améliorer la qualité du son.

Pendant l'opération, Laetitia Casanova n'écoute pas dans son
intégralité l'émission qu'elle numérise mais garde une oreille
sur le bon déroulement de l'opération. En parallèle de la
numérisation, elle remplit la fiche d'indexation avec un maximum
de détails : date, animateurs, invités, thèmes… Autant de mots
clés qui faciliteront des recherches ultérieures.
Une fois le fichier numérisé et indexé, il est mis dans la base
de données d'Europe 1. L'ingénieur son du service production
pourra le retravailler si besoin pour en faire un podcast.
Sylvaine Denis : Nous sommes un petit service et n'avons pas les
moyens de l'INA, ce qui nous empêche d'avoir une stratégie de
numérisation de masse. Et nous avons encore moins les moyens
financiers de confier ce travail à un prestataire extérieur qui
est très cher. Donc, lorsque nous le pouvons, nous faisons
d'une pierre deux coup : nous numérisons un document pour
l'archiver numériquement et nous en faisons un podcast
accessible au public.
La
base de données permet à n'importe quel journaliste ou animateur
de retrouver des sons pour illustrer un reportage, une
intervention ou une chronique en toute autonomie. Nous faisons
le test avec Alain Delon et apparaissent alors des documents sur
ses fiançailles avec Romy Schneider, un reportage intitulé
"Alain Delon pris pour un blouson noir par les Gendarmes"…
Peuleux : Combien de temps de travail faut-il pour numériser 1
heure d'émission ?
Laetitia Casanova : Pour l'émission de Jean-Claude Brialy,
environ 1h15 de travail entre la numérisation en temps réel et
l'indexation qui est complexe sur ce programme car il y avait
beaucoup d'invités.
Sylvaine Denis : En fait, la réponse dépend de l'émission que
l'on traite. Par exemple pour "Signé
Furax", si l'indexation est simple car les
participants sont souvent les mêmes d'un épisode à l'autre et
sont cités à l'antenne, la numérisation prend du temps car se
sont des épisodes de 10 minutes qui impliquent beaucoup de
manipulations. Pour les récits de Pierre Bellemare cela va
encore plus vite : il est seul à parler et pour l'indexation
nous ne notons que l'accroche de l'histoire. Mais pour des
concerts où il faut noter le titre des chansons et le nom des
interprètes, cela peut être plus long et nécessiter des
recherches.
La valorisation du
patrimoine à l'antenne et en podcasts
Avec la prise de conscience par les dirigeants de la station que
le patrimoine sonore était inscrit dans l'héritage et l'image de
la marque Europe 1 et qu'il fallait le protéger, sa valorisation
est devenue une question tout aussi importante. Ainsi la page
consacrée aux 70 ans de la radio pourrait devenir le point de
départ d'une section du site europe1.fr consacrée aux archives
avec l'idée de les mettre en valeur par des contenus éditoriaux
préparés par les journalistes.
Toutefois, toutes les archives ne peuvent pas
être mises à disposition du grand public
et ne seront car certaines n'intéressent
pas l'auditeur d'aujourd'hui alors d'autres pourraient
intéresser des chercheurs ou des journalistes.
Europe 1 étant malgré tout une société commerciale, se pose
aussi pour elle la question de la monétisation de ces archives.
Pour l'heure, cette question se matérialise pour l'auditeur par
la diffusion d'une publicité avant le lancement de la lecture du
podcast…
Peuleux : Qui est à l'initiative de la mise en ligne de podcasts
comme "les récits extraordinaires
de Pierre Bellemare" ?
Sylvaine Denis : En toute modestie, cela fait des années que je
dis qu'Internet nous offre une possibilité de mise à disposition
de documents accessibles au plus grand nombre et de manière
totalement indépendante de ce qui passe à l'antenne. J'ai mis le
dossier sur la table en 2008. Mais il y a eu des réticences par
rapport aux droits d'auteurs, il y avait donc une prise de
risque qui a retenu certains dirigeants. Mais lorsqu'Alain
Liberty est arrivé il y a 2 ans, il nous a dit d'y aller et
encore plus avec les 70 ans d'Europe 1 à l'horizon. L'arrivée du
journaliste Julien Pichnet à Europe 1 Studios a aussi été un
tournant pour nous car il est très demandeur dans le domaine.
Laetitia : Nous avons assisté à une bascule où nous avons vu les
archives sonores devenir à la mode. Il y eu un déclic.
Sylvaine Denis : Et pour répondre plus spécifiquement sur les
récits de Pierre Bellemare, je vais faire ma crâneuse mais c'est
mon idée ! Alain Liberty nous a dit d'y aller malgré les
problèmes de droit même si nous avons finalement retrouvé la
trace de la dernière épouse de Pierre Bellemare qui était la
légataire des droits de l'animateur. Avec l'appui de sa fille,
nous avons pu contractualiser ensemble. Elles étaient toutes les
deux très contentes que les histoires de leur mari et père
puissent ressortir au lieu de dormir sur des étagères. Les
"récits de Pierre Bellemare" qui durent une vingtaine de minutes
se prêtent parfaitement à un format podcast. Et cela a été un
tel succès que nous avons pu tous les trois proposer d'autres
projets à la Direction.
Dans la lignée de Pierre Bellemare, le service de Sylvaine Denis
a retrouvé une série d'histoires policières portée par l'acteur
Serge Sauvion, la voix française de Peter Falk dans la série
"Columbo". A ce jour, une cinquantaine d'histoires a été publiée
en podcast dans la collection "Au cœur du crime". Et aux
histoires de Serge Sauvion vient de s'ajouter "le Siffleur", une
série policière des années 1960.
    
Peuleux : Les archives sonores sont aussi valorisées à l'antenne
tous les jours depuis plusieurs saisons avec la chronique de
Laure Dautriche qui a été rebaptisée cette saison "les Enfants
d'Europe 1". Comment se préparent ces chroniques ?
Sylvaine Denis : Au niveau du service, nous proposons des sujets
à un comité éditorial où sont présents le Directeur de
l'information et le Directeur général qui s'intéressent beaucoup
au patrimoine de la station. Nous y sélectionnons ceux qui
seront développés à l'antenne. Ensuite, Laure Dautriche et son
équipe mettent en forme la chronique avec les documents sonores
que nous avons fourni. C'est un gros travail de préparation sur
lequel travaille Laetitia Casanova.
Laetitia Casanova : Sur le choix des sujets, nous avons notre
plan de travail jusqu'à mi-mai et en préparation, nous avons en
général 2 à 3 semaines d'avance. Aujourd'hui, nous sommes le 7
avril et Laure travaille sur la chronique du 22 avril.
Pour les 70 ans de la station, un podcast spécial a été lancé
avec le journaliste Julien Pichnet pour l'incarner. Simplement
intitulée "70 ans d'Europe 1", cette série présente les
archives sous différents formats, passant d'une chronique
illustrée sur un thème donné à la reprise brute d'émissions
d'époque. Nous pouvons ainsi revivre les premières minutes
d'existence d'Europe 1, découvrir un panel des stars de l'époque
qui répondaient au micro tendu par les journalistes de la
station, découvrir les premiers reportages sur le terrain de la
rédaction ou bien réécouter une émission entière de "Pour ceux
qui aiment le Jazz", le feuilleton "le Club des 5 : le passage
secret", le premier épisode de "Signé Furax !" ou des extraits
d'émissions musicales…
"Au service patrimoine
sonore d'Europe 1, on a le meilleur job de la radio !"
Peuleux : A quoi ressemble une journée type dans votre service ?
Sylvaine Denis : Chaque jour, nous archivons et indexons les
audios de la veille. Cela nous prend une demi-journée en moyenne
par jour à traiter. Nous gérons les demandes ponctuelles de
l'antenne, nous travaillons sur la chronique de Laure Dautriche
et nous poursuivons notre travail de numérisation-indexation.
En guise de conclusion, Sylvaine Denis me glisse avec malice :
"On a le meilleur job de la radio !"
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