Peuleux | Le monde de Spirou et Fantasio

 DANS LES COULISSES DU... SERVICE DU PATRIMOINE SONORE / EUROPE 1 | 07/04/2025

De toutes les radios françaises, Europe 1 est la seule à mettre autant en avant ses archives sonores que cela soit à travers des chroniques à l'antenne ou des podcasts. Et alors que la station fête ses 70 ans d'existence, Europe 1 multiplie les opérations mettant en valeur ce patrimoine. Je vous emmène dans les coulisses d'un service pas comme les autres…

 C'est dans un grand bureau avec vue sur la Seine au 3ème étage de l'immeuble qui abrite Europe 1 que se trouve le Service Patrimoine sonore de la station. L'équipe de trois personnes est dirigée par Sylvaine Denis arrivée dans la maison au début des années 1990. A ses côtés se trouvent Laetitia Casanova et Antoine Reclus. Si Sylvaine Denis et Laetitia Casanova ont des profils de documentalistes, Antoine Reclus a rejoint l'équipe plus récemment après un master patrimoine audiovisuel de l'INA.

Les missions du service ont évolué avec le temps selon la stratégie de l'antenne et les technologies disponibles. Ainsi, du temps de Jérôme Bellay (président d'Europe 1 de 1996 à 2005) qui avait mis en place une grille des programmes très tournée vers l'information, le patrimoine sonore n'était pas mis en avant si ce n'est pour éclairer l'actualité. Mais aujourd'hui, Europe 1 a une vraie logique patrimoniale car la direction a pris conscience que ce patrimoine sonore était l'histoire de la marque et qu'il était une valeur à protéger. Cela explique qu'en 2010, le service des archives soit devenue le service du patrimoine sonore.

Sylvaine Denis : Actuellement, il y a une certaine envolée autour de nos archives sonores avec les 70 ans d'Europe 1. Et ces contenus sont voués à rester accessibles au-delà de cet anniversaire. Des contenus que nous pouvons mettre en avant sans nous préoccuper d'un quelconque lien avec l'actualité comme pour "les Récits extraordinaires de Pierre Bellemare". Internet nous offre une possibilité unique de mettre notre patrimoine à disposition du public.

 

Le service a cinq missions principales :

·         Fournir des dossiers documentaires aux journalistes et animateurs ;

·         Répondre aux demandes d'archives sonores de l'antenne ;

·         Répertorier et indexer les documents sonores, ceux d'hier qui ne sont pas inventoriés comme ceux d'aujourd'hui qu'il faut archiver ;

·         Numériser les documents sur supports analogiques ;

·         Sélectionner et archiver les documents sur support numérique.

 

Evacuons toute de suite la question des dossiers documentaires car cette mission est désormais plus limitée qu'avant avec l'utilisation d'Internet. Il s'agit de préparer des dossiers papier (ou informatique désormais) pour les journalistes de la rédaction qui travaillent sur un reportage ou pour certains animateurs qui travaillent sur des interviewes dans la longueur ou une émission. Aujourd'hui, Sylvaine Denis et ses collègues travaillent encore pour Stéphane Ber, Julia Vignali, Christophe Hondelatte ou Isabelle Morizet pour son émission "Il n'y a qu'une vie dans la vie".

Pour les autres missions listées ci-dessus, vous allez voir qu'elles sont liées entre elles à travers deux tâches principales (pour ne pas dire essentielles) que mène le trio : indexer (ou répertorier) et numériser. Mais tout d'abord, il faut vous donner quelques chiffres en guise de repères pour bien comprendre l'ampleur du travail accompli et restant à accomplir :

 

En 1998, les studios d'Europe 1 sont passés au tout numérique, les documents sonores arrivent donc dans le service dans le format de conservation. Entre ces documents directement réalisés en format numérique et les documents analogiques numérisés, la station dispose de 200 000 fichiers archivés dans sa base avec 260 000 notices documentaires. Ce qui signifie qu'environ 40% des archives sonores d'Europe 1 sont accessibles en numérique.

Sylvaine Denis : C'est un travail de fourmis. Et il reste encore beaucoup de documents non numérisés et certains non indexés donc plus difficile à retrouver. Par exemple, "Bonjour Monsieur le Maire" de Pierre Bonte nous en avons des travées complètes parce que le réalisateur avait compris qu'il y avait un intérêt à les sauvegarder mais ces chroniques ne sont pas indexées pour l'heure.

 

Archiver, c'est bien. Indexer c'est mieux.

 

Pour bien retrouver des documents archivés, il faut les indexer avec soin. Ainsi pour les archives sonores, l'indexation consiste à accompagner chaque document d'une notice indiquant le nom de l'émission, sa date de diffusion, les thématiques abordés, les noms des participants (journalistes, animateurs, chroniqueurs, invités).

Lorsque Sylvaine Denis est arrivée au début des années 1990, elle a eu pour mission d'informatiser l'indexation des documents. Avant, cela se faisait sur des cahiers chronologiques. Sylvaine Denis me montre avec émotion, le premier cahier ouvert à Europe 1 le 21 janvier 1955. Ces répertoires sont une base de travail qu'il faut compléter lors de la saisie informatique pour remettre en contexte car ils ne sont pas toujours précis.

Sylvaine Denis : Je lis que le 10 mars 1955, il y a eu une interview de Sydney Bechet. Mais pourquoi ? Et c'est là que Google nous facilitera probablement la vie dans nos petites enquêtes historiques pour savoir s'il venait promouvoir un disque ou s'il était à Paris pour un concert.

 

Dans l'armoire, je constate que l'indexation des archives a évolué dans le temps : des cahiers des années 1950 qui me font penser à ceux que devaient avoir mes parents à l'école, nous passons à des registres dans les années 1970, des registres où l'indexation est plus détaillée. Et en 1991, dernière année avant l'informatisation de l'index, les détails donnés font qu'il y a désormais deux pages écrites par jour. En voyant la liste des documents référencés à une date précise, j'ai l'impression de lire le résumé de l'actualité du jour dans le monde !



En parallèle de ces registres, un fichier thématique a été mis en place dans les années 1960. Il s'agit de fiches – un peu comme dans les bibliothèques de mon enfance - qui donnent une entrée sur les archives via des thématiques : aérospatiale, EuroDisney, littérature, danse, vacances… Mon hôte m'explique qu'un Thésaurus a aussi été mis en place à l'époque.

Sylvaine Denis : Un thésaurus est un dictionnaire hiérarchisé des mots. Le terme catastrophe naturelle va conduire vers des mots plus précis comme tsunami, volcan, tempête… Et inversement, d'un mot spécifique le thésaurus va mener vers des concepts plus larges. Cela permet de réduire le bruit (trop de réponses à une recherche) ou réduire le silence (pas assez de réponse).

 

Tout ne peut pas être archiver, il faut sélectionner…

 

Peuleux : Comment choisissez-vous les documents qui vont être archivés numériquement ?

Sylvaine Denis : Nous faisons une sélection dans nos archives qui a forcément une part d'arbitraire et lorsque nous faisons un choix cela signifie que nous renonçons à autre chose. Nous avons des critères historiques. Par exemple, il y a des évidences comme les élections présidentielles aux Etats-Unis, des interviewes de personnalités, un évènement historique comme les premiers pas de l'Homme sur la Lune ou une guerre. En revanche, nous ne gardons pas tous les reportages et interventions à l'antenne des journalistes et animateurs. Par exemple, des documents sur l'inflation en 1960, nous en garderons seulement un ou deux pour avoir une trace de la tendance et de la manière dont c'était évoqué à l'antenne.

Il faut préciser que les bandes analogiques dont la décision a été prise de ne pas les numériser ne sont pas jetées à la poubelle. Elles seront juste conservées sur leur support originel.

Et pour les émissions produites aujourd'hui, si elles sont disponibles en replay sur le site de la station, toutes ne seront pas archivées et les mêmes critères de sélections sont utilisés. Toutefois, Europe 1 garde désormais toutes les premières émissions à chaque rentrée pour conserver une trace de la couleur d'antenne.

 

Sylvaine Denis : Notre problème aujourd'hui c'est qu'un certain nombre d'émissions n'ont pas été conservées à l'époque. Je prends toujours l'exemple de "Salut les copains" qui, pour nos prédécesseurs, n'était qu'une émission musicale où l'on diffusait essentiellement des disques disponibles dans le commerce. Du coup, nous avons peu d'émissions dans nos archives alors que l'émission qui recevait aussi les stars de la chansons d'alors est devenue culte pour toute une génération.

 

Au sous-sol se cache des trésors historiques…

 

A ce stade de mon article, je pense qu'il est temps de vous emmener dans le local archives d'Europe 1 au sous-sol du bâtiment. La porte est à l'angle droit de la pièce. Toute de suite à votre gauche, le long du mur du couloir, un immense meuble blanc d'une dizaine de centimètres de large se dresse sur une longueur de 3 ou 4 mètres. Ses étagères sont remplies de cassettes comme celles que nous avions dans nos Walkman (photo de gauche ci-dessous).

Sylvaine Denis : Ce sont essentiellement des reportages. Ils sont bien rangés, c'est facile de s'y retrouver : ils sont classés par ordre chronologique à raisons d'une ou deux journées par bande. A ce niveau, les recherches sont simplissimes.

Les cassettes sont apparues dans les années 1970 et, pour les non-initiés, elles semblent plus pratiques car "ça prend moins de place à ranger". Mais la qualité des bandes s'avère moins bonne dans le temps qu'avec les bobines magnétiques.

Sylvaine Denis : Ce sont beaucoup de reportages et d'information. Il nous reste quand même quelques simultanés [NDLR : des enregistrements de l'intégralité du journal ou de la tranche d'information] avec Jacques Paoli ou André Arnaud. Assez précieux car ça donne la couleur de l'antenne à l'époque.



 

De l'autre côté de la mince allée, se trouve toute une série de rayonnages mobiles remplis de bobines rangées dans des boites en fer pour les plus anciennes (jusqu'en 1962 environ) ou dans des étuis en cartons pour la majorité (voir photos du centre et à droite ci-dessus).

Dans les rayonnages, je découvre

·         Les bobines de "Découvertes", le magazine présenté par Jean-Pierre Elkabbach de 1982 à 1987, il y a une travée entière !

·         Les bobines des 2 saisons de l'émission de Coluche.

Peuleux : On entend toujours le même extrait de Coluche, lorsqu'il lance l'idée des Restaurants du Cœur. Ça ne serait pas intéressant de ressortir d'autres émissions ?

Sylvaine Denis : Contrairement à ce que beaucoup de gens croient, ces émissions n'étaient pas un succession de sketches ou d'histoires drôles mais étaient très tournées vers l'actualité ce qui les rend moins intéressantes à écouter aujourd'hui hors contexte.

·         Les bobines de "Bonjour Monsieur le Maire" de Pierre Bonte. Il y en a tellement que je n'arrive pas à compter le nombre d'étagères !

Sylvaine Denis : J'aimerais beaucoup me lancer dans l'exploration des "Bonjour Monsieur le Maire" mais pour l'instant ce n'est pas dans les projets de la Direction. Pourtant, c'est une certaine image de la France de l'époque et nous sommes sollicités par des linguistes qui étudient des patois anciens que Pierre Bonte avait mis en valeur dans ces chroniques.

·         Les récits de Pierre Bellemare, il y a de quoi produire des podcasts pendant encore des années et des années avec les différentes émissions où il nous racontait des histoires policières.

·         Au détour, d'un rayonnage je tombe sur les émissions de Jean Roucas et il me revient alors en mémoire la version captée pour la télévision que regardaient mes parents. Des émissions difficilement exploitables aujourd'hui tellement elles étaient centrées sur l'actualité politique d'alors.

·         Les enregistrements de "Musicorama" avec des noms mythiques notés sur les tranches : Jacques Brel, Mouloudji, Annie Cordy, Cat Steven Lou Red, Pierre Perret, Joe Dassin, Johnny Hallyday, Michel Polnareff, Steve Wonder avec le premier concert de le Motown à Paris. Sylvaine Denis me signale qu'il y a aussi quelques "Podium Europe 1" mais peu d'émissions ont été conservées.

 

Dans la dernière travée située face à la porte, se trouve un fonds photographique et un fond vidéo. J'y trouve des vidéos notées "Club de la presse", il faut dire que l'émission politique d'Europe 1 lancée en 1976 était filmée.

 

Peuleux : Comment s'est passé le déménagement des locaux historiques de la rue François Ier à cet immeuble contemporain sur des Cévennes ?

Sylvaine Denis : Ce fut un énorme de travail ! Nous avons été aidé par une très bonne entreprise spécialisée dans le déménagement d'archives qui a bien mené l'opération. En amont, il a fallu l'organiser en créant un cheminement dans le retrait et la réinstallation des documents pour aider le prestataire. Le directeur des services généraux d'alors nous avait été d'une grande aide. Nous avons mené ce chantier tout en faisant notre travail quotidien mais cela nous a mobilisé pendant 4 bons mois.

Il faut savoir que rue François Ier, les archives étaient réparties dans quatre caves à vin alors qu'aujourd'hui elles sont abritées dans un seul local bien sec.

 

La numérisation, un travail de patience

 

Pour numériser les archives sonores sur bande, le service dispose de trois lecteurs de bande Studer (un par personne), des lecteurs d'époque pour lesquels Europe 1 a dû trouver un prestataire capable d'en assurer la maintenance et qui trouve encore des pièces de rechange.

Le jour de ma visite, Laetitia Casanova numérise "Histoire de star"; une émission de Jean-Claude Brialy consacrée à Louis de Funès. La bande magnétique défile entre deux bobines sur le vieux lecteur à une vitesse de lecture normale. L'appareil est relié à un ordinateur qui enregistre en simultanée et en direct dans un format numérique. Bien qu'elles ne soient pas ingénieurs du son, Sylvaine et Laetitia ont appris à faire quelques réglages dans le logiciel pour améliorer la qualité du son.



Pendant l'opération, Laetitia Casanova n'écoute pas dans son intégralité l'émission qu'elle numérise mais garde une oreille sur le bon déroulement de l'opération. En parallèle de la numérisation, elle remplit la fiche d'indexation avec un maximum de détails : date, animateurs, invités, thèmes… Autant de mots clés qui faciliteront des recherches ultérieures.

Une fois le fichier numérisé et indexé, il est mis dans la base de données d'Europe 1. L'ingénieur son du service production pourra le retravailler si besoin pour en faire un podcast.

Sylvaine Denis : Nous sommes un petit service et n'avons pas les moyens de l'INA, ce qui nous empêche d'avoir une stratégie de numérisation de masse. Et nous avons encore moins les moyens financiers de confier ce travail à un prestataire extérieur qui est très cher. Donc, lorsque nous le pouvons, nous faisons d'une pierre deux coup : nous numérisons un document pour l'archiver numériquement et nous en faisons un podcast accessible au public.

 

La base de données permet à n'importe quel journaliste ou animateur de retrouver des sons pour illustrer un reportage, une intervention ou une chronique en toute autonomie. Nous faisons le test avec Alain Delon et apparaissent alors des documents sur ses fiançailles avec Romy Schneider, un reportage intitulé "Alain Delon pris pour un blouson noir par les Gendarmes"…

 

Peuleux : Combien de temps de travail faut-il pour numériser 1 heure d'émission ?

Laetitia Casanova : Pour l'émission de Jean-Claude Brialy, environ 1h15 de travail entre la numérisation en temps réel et l'indexation qui est complexe sur ce programme car il y avait beaucoup d'invités.

Sylvaine Denis : En fait, la réponse dépend de l'émission que l'on traite. Par exemple pour "Signé Furax", si l'indexation est simple car les participants sont souvent les mêmes d'un épisode à l'autre et sont cités à l'antenne, la numérisation prend du temps car se sont des épisodes de 10 minutes qui impliquent beaucoup de manipulations. Pour les récits de Pierre Bellemare cela va encore plus vite : il est seul à parler et pour l'indexation nous ne notons que l'accroche de l'histoire. Mais pour des concerts où il faut noter le titre des chansons et le nom des interprètes, cela peut être plus long et nécessiter des recherches.

 

La valorisation du patrimoine à l'antenne et en podcasts

 

Avec la prise de conscience par les dirigeants de la station que le patrimoine sonore était inscrit dans l'héritage et l'image de la marque Europe 1 et qu'il fallait le protéger, sa valorisation est devenue une question tout aussi importante. Ainsi la page consacrée aux 70 ans de la radio pourrait devenir le point de départ d'une section du site europe1.fr consacrée aux archives avec l'idée de les mettre en valeur par des contenus éditoriaux préparés par les journalistes.

Toutefois, toutes les archives ne peuvent pas être mises à disposition du grand public et ne seront  car certaines n'intéressent pas l'auditeur d'aujourd'hui alors d'autres pourraient intéresser des chercheurs ou des journalistes.

Europe 1 étant malgré tout une société commerciale, se pose aussi pour elle la question de la monétisation de ces archives. Pour l'heure, cette question se matérialise pour l'auditeur par la diffusion d'une publicité avant le lancement de la lecture du podcast…

 

Peuleux : Qui est à l'initiative de la mise en ligne de podcasts comme "les récits extraordinaires de Pierre Bellemare" ?

Sylvaine Denis : En toute modestie, cela fait des années que je dis qu'Internet nous offre une possibilité de mise à disposition de documents accessibles au plus grand nombre et de manière totalement indépendante de ce qui passe à l'antenne. J'ai mis le dossier sur la table en 2008. Mais il y a eu des réticences par rapport aux droits d'auteurs, il y avait donc une prise de risque qui a retenu certains dirigeants. Mais lorsqu'Alain Liberty est arrivé il y a 2 ans, il nous a dit d'y aller et encore plus avec les 70 ans d'Europe 1 à l'horizon. L'arrivée du journaliste Julien Pichnet à Europe 1 Studios a aussi été un tournant pour nous car il est très demandeur dans le domaine.

Laetitia : Nous avons assisté à une bascule où nous avons vu les archives sonores devenir à la mode. Il y eu un déclic.

Sylvaine Denis : Et pour répondre plus spécifiquement sur les récits de Pierre Bellemare, je vais faire ma crâneuse mais c'est mon idée ! Alain Liberty nous a dit d'y aller malgré les problèmes de droit même si nous avons finalement retrouvé la trace de la dernière épouse de Pierre Bellemare qui était la légataire des droits de l'animateur. Avec l'appui de sa fille, nous avons pu contractualiser ensemble. Elles étaient toutes les deux très contentes que les histoires de leur mari et père puissent ressortir au lieu de dormir sur des étagères. Les "récits de Pierre Bellemare" qui durent une vingtaine de minutes se prêtent parfaitement à un format podcast. Et cela a été un tel succès que nous avons pu tous les trois proposer d'autres projets à la Direction.

Dans la lignée de Pierre Bellemare, le service de Sylvaine Denis a retrouvé une série d'histoires policières portée par l'acteur Serge Sauvion, la voix française de Peter Falk dans la série "Columbo". A ce jour, une cinquantaine d'histoires a été publiée en podcast dans la collection "Au cœur du crime". Et aux histoires de Serge Sauvion vient de s'ajouter "le Siffleur", une série policière des années 1960.

 

Peuleux : Les archives sonores sont aussi valorisées à l'antenne tous les jours depuis plusieurs saisons avec la chronique de Laure Dautriche qui a été rebaptisée cette saison "les Enfants d'Europe 1". Comment se préparent ces chroniques ?

Sylvaine Denis : Au niveau du service, nous proposons des sujets à un comité éditorial où sont présents le Directeur de l'information et le Directeur général qui s'intéressent beaucoup au patrimoine de la station. Nous y sélectionnons ceux qui seront développés à l'antenne. Ensuite, Laure Dautriche et son équipe mettent en forme la chronique avec les documents sonores que nous avons fourni. C'est un gros travail de préparation sur lequel travaille Laetitia Casanova.

Laetitia Casanova : Sur le choix des sujets, nous avons notre plan de travail jusqu'à mi-mai et en préparation, nous avons en général 2 à 3 semaines d'avance. Aujourd'hui, nous sommes le 7 avril et Laure travaille sur la chronique du 22 avril.

 

Pour les 70 ans de la station, un podcast spécial a été lancé avec le journaliste Julien Pichnet pour l'incarner. Simplement intitulée "70 ans d'Europe 1", cette série présente les archives sous différents formats, passant d'une chronique illustrée sur un thème donné à la reprise brute d'émissions d'époque. Nous pouvons ainsi revivre les premières minutes d'existence d'Europe 1, découvrir un panel des stars de l'époque qui répondaient au micro tendu par les journalistes de la station, découvrir les premiers reportages sur le terrain de la rédaction ou bien réécouter une émission entière de "Pour ceux qui aiment le Jazz", le feuilleton "le Club des 5 : le passage secret", le premier épisode de "Signé Furax !" ou des extraits d'émissions musicales…

 

"Au service patrimoine sonore d'Europe 1, on a le meilleur job de la radio !"

 

Peuleux : A quoi ressemble une journée type dans votre service ?

Sylvaine Denis : Chaque jour, nous archivons et indexons les audios de la veille. Cela nous prend une demi-journée en moyenne par jour à traiter. Nous gérons les demandes ponctuelles de l'antenne, nous travaillons sur la chronique de Laure Dautriche et nous poursuivons notre travail de numérisation-indexation.

 

En guise de conclusion, Sylvaine Denis me glisse avec malice : "On a le meilleur job de la radio !"



C'est quoi "les Récits extraordinaires de Pierre Bellemare" ?

Grande figure d'Europe 1 qu'il a intégré dès 1955, Pierre Bellemare reste dans la mémoire collective comme un grand conteur d'histoires, notamment de faits divers et d'histoires criminelles. De 1975 à 1986, il fascine les auditeurs avec "les Dossiers extraordinaires", "Histoires vraies", "les Dossiers secrets" ou "les assassins sont parmi nous".

Depuis novembre 2023, Europe 1 propose de redécouvrir ces histoires à travers le podcast "les Récits extraordinaires de Pierre Bellemare".

C'est quoi "Découvertes" ?

De 1982 à 1987, Jean-Pierre Elkabbach a présenté l'émission "Découvertes" en semaine accompagné d'Anne Perez. Arrivé sur Europe 1 après son éviction de l'Antenne 2 suite à l'élection de François Mitterrand à la présidence de la république, il lance ce magazine qui est curieux de tous les sujets : arts, sciences… Il n'y recevra que très peu de personnalités politique.

L'émission fera son retour le temps de la saison 2008-2009 sous le nom de "Europe 1 découvertes" avec Michel Drucker comme animateur.

C'est quoi "Bonjour Monsieur le Maire" ?

Créée en 1959, cette chronique présentée par Pierre Bonte part à la rencontre des villages de France. En 15 ans d'antenne, avec son équipe qui compte dans ses rangs Laurent Cabrol, il visitera 4 000 communes à la découverte de la ruralité, une France méconnue des citadins des grandes villes.

 

 

Jacques Martin demandera à Pierre Bonte de décliner sa chronique matinale d'Europe 1 dans une version télévisée pour son émission "le Petit Rapporteur".

C'est quoi "Musicorama" ?

C'est un spectacle musical né en 1957 de la collaboration d'Europe n° 1 et de Bruno Coquatrix, directeur de l'Olympia. L'idée de Lucien Morisse est de faire mieux que l'émission "36 chandelles" diffusée à la télévision le lundi soir. La prestation scénique est captée par la station qui la retransmet en direct ou en différé sur ses ondes.

L'émission sera diffusée jusqu'en 1974 mais cela fait quelques années que "Musicorama" s'installe dans d'autres salles que l'Olympia notamment depuis que Johnny Hallyday a voulu en 1967 que son spectacle soit enregistré depuis le Palais des Sports qui compte plus de places que la salle de Bruno Coquatrix.

En 2012, Thierry Lecamp tentera de relancer l'émission avec Maxime Leforestier sur la scène du Grand Rex.

C'est quoi "les Podiums Europe 1"

De l'été 1963 à l'été 1986, Europe 1 organise des tournées itinérantes des villes de province passant notamment par les stations balnéaires l'été ou les villes-étapes du Tour de France pour offrir au public des concerts gratuits en plein air. Les plus grands artistes du moment venaient s'y produire de Nicoletta à Mylène Farmer en passant par Carlos, de Jacques Brel à Dalida en passant par C.Jérôme. Et outre, le concert, les animateurs de la stations venaient y animer des jeux avec le public. Chaque soir des milliers de personnes répondaient présents.


La scène de 300 m² était l'une des plus grandes scènes itinérantes d'Europe ce qui nécessitait une grosse logistique puisque la caravane des véhicules pouvait mesurer jusqu'à 10 kilomètres. Il faut dire qu'il y avait en moyenne 20 voitures, 30 camions, une cantine mobile et 125 personnes mobilisées en coulisses. Et pratiquement un concert par soir !

En 2015, Europe 1 a ressuscité les Podiums à l'occasion de ses 60 ans avec une série de concerts multi-artistes présentés par Julia Martin mais de manière plus modeste puisque à l'abri dans de grandes salles de concert comme le Zénith de Nantes et seulement quelques dates à l'agenda.

C'est quoi "Le Club de la presse" ?

En 1976, à la demande d'Etienne Mougeotte, directeur de l'information d'Europe 1, Alain Duhamel et Gérard Carreyrou créent et présente un nouveau rendez-vous politique hebdomadaire innovant. En effet, chaque dimanche à 19h00, l'émission met un responsable politique face à des journalistes de la presse écrite, de la radio et de la télévision pendant environ 1 heure. L'émission est filmée ce qui permet aux journaux télévisés d'en reprendre les meilleurs extraits et elle sera aussi codiffusée par Canal+ à une époque.

En 1988, Jean-Pierre Elkabbach remplace Gérard Carreyrou puis en 1990, Catherine Nay rejoint la liste des présentateurs de l'émission.



En 1991, l'émission est transférée le lundi soir à 19h00 pour revenir le dimanche à 18h00 en 1996 à la rentrée 1996 mais à 18h00. A l'été 2000, Europe 1 annonce l'arrêt de son émission politique après 24 saisons d'existence.

Rendez-vous de référence à l'époque, le concept peut paraître aujourd'hui banal tellement il a été copié et décliné depuis des années notamment sur les chaines d'information continue.

U version dérivée de l'émission sera mise à l'antenne de 2014 à 2016: chaque soir, Nicolas Poincaré y recevra une personne dans l'actualité qu'il interrogera avec de grands journalistes passés par Europe 1 et baptisés "les grandes voix".

C'est quoi "Signé Furax"

Feuilleton radiophonique imaginé par Pierre Dac et Francis Blanche, "Signé Furax" est diffusé sur Europe 1 de 1956 à 1950 soir 5 saisons. La série compte 1 034 épisodes de 10 minutes.

Inspiré par le personnage de fiction Fantômas imaginé en 1910 par Pierre Souvestre et Marcel Allain, cette série est aussi une suite déguisée de "Malheur aux barbus" que le duo Dax-Blanche avait réalisée pour la RTF en 1951-1952.

En 1956, Europe n° 1 à la demande de Lucien Morisse et sont diffusés tous les jours en semaine à 13h00.

Le feuilleton s'inscrit adopte le style du roman populaire à la radio et mêle aventure, suspense, science-fiction et différents styles d'humour du calembours à la contrepèterie en passant par la parodie de ces genres littéraires. Le tout avec un certain sens de la fantaisie et de la poésie.

"Signé Furax" se décompose en 5 saisons où "Malheur aux barbus" est considéré comme la première saison. Après 3 saisons avec trois différentes histoires de "Signé Furax", les deux compères concluront leur aventure avec "le Fils de Furax".

La série portée par le voix de ses deux créateurs et d'un fantastique casting qui a réuni de grands comédiens des années 1950 et 1960 est devenu une phénomène de société au point que la légende raconte qu'en mai 1957, Guy Mollet qui vient d'annoncer à la presse la démission du Gouvernement qu'il présidait depuis 1 an et 3 mois aurait déclaré "Messieurs, je dois vous quitter, c'est l'heure de "Signé Furax"".

 

Remerciements : Merci à Misha Agard pour la mise ne relation 1 an plus tôt. Merci à Sylvaine Denis pour le temps pris, nos échanges passionnants et la visite de la "cave". Merci à Laetitia Casanova pour ses éclairages et la photo prise | Photos : Peuleux, Europe 1, Getty Images

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dernière mise à jour de cette fiche le 21/04/2025


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